Cynthia Nassardine : de Chroniques africaines à la production, une actrice entre les écrans francophones et anglophones

Actrice, productrice et entrepreneuse ivoirienne, Cynthia Nassardine s’est fait connaître avec Chroniques africaines, sa première série, avant de poursuivre sa carrière dans des productions ivoiriennes, ghanéennes et nigérianes. Récompensée aux NISA en 2019, puis aux ZAFAA Global Awards pour Les Larmes de l’amour, elle développe également ses activités à travers Golden Lioness Productions. Son parcours associe une formation en gestion à une pratique de l’interprétation tournée vers plusieurs marchés africains.
Des études de gestion avant le choix du cinéma
Cynthia Nassardine grandit dans une famille aux origines ivoiriennes, libanaises et togolaises. Son père est ivoiro-libanais et sa mère ivoirienne d’origine togolaise. Cette pluralité d’héritages accompagne un parcours professionnel qui se construira lui aussi entre plusieurs espaces culturels.
Avant de travailler comme actrice, elle poursuit des études supérieures en gestion et en finance. En 2013, après l’obtention d’un master à Paris, elle se tourne vers une formation artistique à New York.
Ce changement d’orientation ne signifie pas, pour elle, l’abandon de ses premières études. Dans un entretien accordé à Fraternité Matin en 2019, elle explique avoir souhaité comprendre les chiffres pour mieux gérer sa future activité de productrice et d’entrepreneuse.
Son projet professionnel comporte donc, dès cette période, deux dimensions. Elle veut interpréter des personnages, mais également disposer des connaissances nécessaires pour développer et administrer une entreprise audiovisuelle.
Chroniques africaines, une première expérience décisive
Cynthia Nassardine commence sa carrière à l’écran en 2014 avec Chroniques africaines, une série portée par Marie-Christine et Alexandra Amon. Elle y interprète Rita.
Le programme adopte une forme particulière, située entre la téléréalité et la fiction. Cette « réalité scénarisée » repose sur des histoires écrites, mais utilise une présentation qui cherche à rapprocher les situations de l’expérience quotidienne du spectateur.
Les épisodes, d’environ treize minutes, réunissent plusieurs interprètes, parmi lesquels Guy Kalou, Medinah Diarra, Samuel Vehi, Sonia Aka-Etchimbra et Cynthia Nassardine. Cette dernière rejoint ainsi une production collective pour ses premiers pas professionnels.
La série est diffusée sur A+, la RTI et TV5MONDE. Cette circulation lui permet de rencontrer des publics différents dès le début de sa carrière, au-delà d’une seule chaîne ou du seul territoire ivoirien.
Chroniques africaines reçoit également une distinction au FESPACO en 2015. Pour Nassardine, cette première expérience devient un point d’appui : elle lui apporte une visibilité et l’encourage à poursuivre dans la fiction.
Aux NISA, une récompense pour son interprétation
En mai 2019, lors de la première édition de la Nuit ivoirienne du septième art et de l’audiovisuel, Cynthia Nassardine reçoit le prix de la meilleure interprétation féminine en série télévisée pour Chroniques africaines.
La récompense reconnaît son travail dans le projet qui a lancé sa carrière. Elle intervient alors que l’actrice a déjà rejoint d’autres productions et élargi ses collaborations.
Dans un entretien publié quelques semaines plus tard, elle se présente comme un « pur produit de Babiwood ». L’expression traduit son attachement à la production ivoirienne et à un environnement professionnel dans lequel elle a commencé à exercer son métier.
Cette reconnaissance nationale occupe une place importante dans son parcours. Elle distingue l’actrice individuellement, tout en rappelant la contribution du collectif avec lequel elle s’est formée à l’écran.
Blog, retrouver un projet ivoirien remarqué au FESPACO
Après Chroniques africaines, Cynthia Nassardine joue dans Blog. Elle y interprète Alice, un personnage qui lui permet de poursuivre son travail dans la fiction ivoirienne.
La série est primée au FESPACO en 2019 et diffusée notamment sur la RTI et TV5MONDE. Nassardine participe ainsi à deux productions ivoiriennes reconnues lors de différentes éditions du festival.
Cette continuité compte dans sa progression. Sa carrière ne repose pas uniquement sur le succès d’une première série : de nouveaux projets lui permettent de renouveler son expérience et de travailler d’autres personnages.
Elle apparaît également dans Boutique Hôtel, où elle joue Nikki. Ces rôles successifs installent une présence régulière à la télévision, tout en évitant de limiter son image à Rita, le personnage de ses débuts.
Travailler dans les productions anglophones
Cynthia Nassardine développe parallèlement des collaborations dans les industries audiovisuelles anglophones d’Afrique de l’Ouest. Elle participe notamment à Heels and Sneakers, une série associée à la productrice et actrice ghanéenne Yvonne Nelson.
Elle rejoint aussi 40 and Single, réalisée par Leila Djansi, dans laquelle elle interprète Franca. Sa filmographie comprend également What My Wife Doesn’t Know, où elle tient le rôle de Stacy.
Ces expériences lui permettent de travailler dans un autre environnement linguistique et professionnel. Pour une actrice, cette circulation suppose de s’adapter à des équipes, à des méthodes et à des personnages différents, sans quitter pour autant les productions ivoiriennes.
Elle apparaît parfois aux génériques sous le nom de Cycy Nassardine. Cette autre forme de son nom accompagne plusieurs de ses participations, notamment Blog, Boutique Hôtel et What My Wife Doesn’t Know.
Son parcours ne se laisse donc pas enfermer dans une opposition entre cinéma francophone et anglophone. Elle travaille dans les deux espaces, en construisant sa carrière à travers les occasions de jeu et les collaborations.
Bienvenue au Gondwana, une participation au cinéma
En 2016, Cynthia Nassardine apparaît dans Bienvenue au Gondwana, la comédie réalisée par Mamane. Elle y interprète la cheffe du protocole.
Cette participation ajoute le long métrage à une carrière déjà développée dans les séries. Elle lui permet de rejoindre une production qui utilise la satire pour aborder le pouvoir et les apparences politiques.
Le rôle reste distinct de ceux qu’elle interprète dans les fictions sérielles. Sa filmographie se construit ainsi à travers des interventions d’ampleur variable, qui lui permettent de multiplier les expériences plutôt que de se concentrer exclusivement sur les premiers rôles.
Les Larmes de l’amour, une distinction à Abuja
En novembre 2019, Cynthia Nassardine est récompensée aux ZAFAA Global Awards, organisés à Abuja, au Nigeria. Elle y reçoit le prix de la meilleure performance féminine dans une série africaine francophone pour Les Larmes de l’amour.
Cette récompense s’ajoute au prix obtenu quelques mois auparavant aux NISA. Les deux distinctions concernent des productions différentes et témoignent de la progression de sa carrière d’interprète.
Elles illustrent également la circulation de la fiction ivoirienne dans des espaces de reconnaissance qui ne se limitent pas aux pays francophones. À Abuja, le travail de l’actrice est distingué dans une manifestation liée aux industries cinématographiques et télévisuelles africaines.
Pour Nassardine, cette reconnaissance accompagne un parcours déjà partagé entre plusieurs marchés. Elle confirme l’intérêt de poursuivre des collaborations au-delà des frontières linguistiques.
Golden Lioness Productions, passer de l’interprétation à l’entreprise
Cynthia Nassardine fonde Golden Lioness Productions, une société active dans la production, la distribution et le marketing audiovisuel. Son profil professionnel situe le début de sa direction de l’entreprise en décembre 2015, à Abidjan.
Cette structure prolonge l’ambition qu’elle exprimait à propos de ses études de gestion : ne pas dépendre uniquement des propositions de rôles, mais participer également au développement et à la circulation des contenus.
La production constitue un métier distinct de celui d’actrice. Elle implique de travailler sur les conditions d’existence d’un projet, son organisation et ses possibilités de diffusion. La distribution et le marketing ajoutent la question de la rencontre avec le public.
Golden Lioness Productions est également présentée comme un moyen de promouvoir les talents africains à travers le cinéma, la télévision et les contenus culturels. Cette activité donne une dimension entrepreneuriale à une carrière commencée par l’interprétation.
À Cannes, une présence qui relie cinéma et création ivoirienne
En mai 2025, Cynthia Nassardine participe au Festival de Cannes. Pour sa montée des marches, elle porte une création de la maison ivoirienne Paul-Laurain K., fondée par Paul-Laurain Kasse.
Cette présence médiatique offre aussi une visibilité à la mode ivoirienne. L’actrice associe ainsi son exposition dans un événement international à la mise en valeur d’un créateur de son pays.
Il convient toutefois de distinguer cette participation de la sélection d’un film : la montée des marches relève ici de sa présence professionnelle et publique au festival, et non de l’annonce d’une œuvre sélectionnée en compétition.
Une carrière construite entre plusieurs fonctions
De Chroniques africaines aux productions anglophones, Cynthia Nassardine a développé une carrière fondée sur la circulation entre les équipes et les formats. Ses rôles à la télévision lui ont apporté une première reconnaissance, tandis que le cinéma et les collaborations internationales ont élargi son expérience.
Son activité de dirigeante complète cette trajectoire. La formation en gestion, qu’elle aurait pu laisser derrière elle en choisissant le jeu, devient un outil pour organiser son travail de productrice.
Le parcours de Cynthia Nassardine réunit ainsi deux ambitions : interpréter les histoires portées par d’autres créateurs et contribuer aux moyens qui permettent à de nouveaux projets de voir le jour. C’est dans cette articulation entre le plateau et l’entreprise que se construit sa place dans l’audiovisuel ivoirien.



