Arts visuelsCinémaCôte d'IvoirePortraits

Abdul Aziz Diallo : le directeur de la photographie qui construit les images de Cacao, Niabla et Ô Batanga

Directeur de la photographie et entrepreneur ivoiro-burkinabè, Abdul Aziz Diallo travaille sur des films et des séries qui circulent dans plusieurs pays africains. Formé à l’Institut supérieur de l’image et du son de Ouagadougou, il développe son expérience dans le documentaire avant de rejoindre les équipes de fiction. Son nom est associé à Invisibles, Cacao, Les Trois Lascars, Ô Batanga et Niabla. Récompensé à plusieurs reprises aux NISA, il participe également à l’équipement des tournages à travers sa société Ciné Lumière.

Une vocation née au contact des tournages

Né en Côte d’Ivoire, Abdul Aziz Diallo découvre l’audiovisuel par un proche. Son oncle travaille comme caméraman au Palais de la culture d’Abidjan, alors dirigé par Sidiki Bakaba. Cette présence dans son environnement familial lui permet d’approcher un métier qui deviendra le sien.

Après le baccalauréat, il rejoint l’Institut supérieur de l’image et du son–Studio école, l’ISIS-SE, à Ouagadougou. Il y suit trois années d’études consacrées aux métiers du cinéma et de l’audiovisuel.

Diallo revendique l’importance de cette formation burkinabè dans son parcours. L’école lui apporte un cadre technique, mais aussi des occasions de pratique à travers les stages et les premiers travaux réalisés pendant les vacances.

Le passage à la vie professionnelle prolonge cet apprentissage. À la sortie de ses études, il rejoint une entreprise spécialisée dans le documentaire et la communication pour le développement.

Le documentaire, une école de terrain

Pendant deux ans, Abdul Aziz Diallo travaille comme cadreur dans cette structure. Il considère cette période comme un moment déterminant de sa formation professionnelle.

Le documentaire le confronte à des situations variées. Il doit observer, choisir son cadre et réagir à ce qui se déroule devant la caméra. Cette expérience renforce son autonomie et sa capacité à travailler dans des conditions qui ne sont pas toujours préparées comme celles d’une fiction.

Dans un entretien accordé en 2022, il insiste sur ces années d’exercice et sur la confiance qu’elles lui ont donnée. La maîtrise technique acquise à l’école doit alors être mise à l’épreuve des réalités du terrain.

Il poursuit ensuite son activité dans plusieurs formats : documentaire, publicité et fiction. Cette diversité lui permet d’élargir ses compétences avant de prendre régulièrement la responsabilité de l’image sur des séries et des longs métrages.

Les premières collaborations dans le cinéma burkinabè

Abdul Aziz Diallo réalise sa première expérience de long métrage auprès du cinéaste burkinabè Issiaka Konaté. Il travaille ensuite avec Boubakar Diallo, notamment sur La Villa rouge.

Ces collaborations l’inscrivent dans un environnement où se développent à la fois des films destinés aux salles et des séries pour la télévision. Il participe notamment à Fabiola et à La Fugitive.

Fabiola occupe une place particulière dans ses souvenirs professionnels : il la présente comme sa première série en tant que directeur de la photographie. Le changement de fonction est important. Il ne s’agit plus seulement d’exécuter un cadre, mais de prendre part à la définition visuelle d’un ensemble.

Ces premières responsabilités constituent les bases d’un parcours qui s’étendra ensuite aux productions ivoiriennes et à des tournages dans plusieurs pays de la sous-région.

Directeur de la photographie, un métier au service du récit

Le nom d’Abdul Aziz Diallo apparaît généralement au générique comme directeur de la photographie, une fonction également appelée chef opérateur. Son travail porte sur la manière dont l’histoire est traduite en images, en collaboration avec le réalisateur et les équipes techniques.

La lumière occupe une place centrale dans cette responsabilité, mais elle n’en constitue pas l’unique dimension. Le cadre, les choix de prise de vues et la cohérence visuelle participent également au résultat.

Chaque production demande une approche adaptée. Une comédie, un thriller et une saga familiale ne créent pas les mêmes attentes. Le directeur de la photographie doit comprendre l’univers recherché et contribuer à sa mise en œuvre, plutôt que reproduire systématiquement une même apparence.

Dans le parcours de Diallo, la succession des genres et des formats devient ainsi un moyen de renouveler les problèmes à résoudre. Son expérience se construit autant par les collaborations que par les équipements qu’il apprend à maîtriser.

Invisibles et Cacao, une nouvelle visibilité

Abdul Aziz Diallo participe à Invisibles et à Cacao, deux séries réalisées par Alex Ogou. Ces productions contribuent à faire connaître son travail auprès d’un public plus large.

Les projets l’amènent à travailler dans des univers différents. Invisibles s’intéresse à une jeunesse entraînée dans la violence urbaine, tandis que Cacao développe une saga familiale autour d’un secteur majeur de l’économie ivoirienne.

Le travail de l’image doit accompagner cette différence de récit. Les personnages, leurs lieux de vie et les situations dans lesquelles ils évoluent donnent aux équipes des besoins spécifiques. La continuité d’une série impose également de maintenir une unité visuelle sur plusieurs épisodes.

Ces collaborations s’inscrivent dans la durée. Diallo retrouve ensuite l’environnement de production d’Alex Ogou sur d’autres fictions, notamment Ô Batanga et Niabla.

De la comédie au thriller, multiplier les expériences

La filmographie d’Abdul Aziz Diallo comprend également Les Trois Lascars, la comédie réalisée par Boubakar Diallo. Ce projet lui permet de poursuivre une collaboration déjà engagée avec le cinéaste burkinabè.

Il travaille aussi sur Les Coups de la vie, Une vie de rêve, Un président au maquis, Le Prix de la séduction et Hakilitan. Ces titres témoignent d’une activité qui ne dépend ni d’un seul réalisateur ni d’un seul genre.

Le passage d’un projet à l’autre suppose une capacité d’adaptation. Les moyens disponibles, les lieux et l’organisation du tournage changent, tout comme les intentions artistiques.

Dans ses entretiens, Diallo met en avant la pratique répétée comme fondement de sa progression. L’expérience ne remplace pas la formation initiale : elle la prolonge, en confrontant les connaissances aux exigences concrètes de chaque production.

Les NISA récompensent le travail de l’image

Le travail d’Abdul Aziz Diallo est distingué à plusieurs reprises par la Nuit ivoirienne du septième art et de l’audiovisuel.

Les communications des NISA associent notamment ses récompenses à Marabout Chéri, Ô Batanga et Niabla. Pour cette dernière série, il est annoncé lauréat du prix de la meilleure direction de la photographie en série télévisée en novembre 2024.

Ces distinctions donnent une visibilité à un métier moins exposé que celui de l’acteur ou du réalisateur. Le public voit les images sans toujours identifier les professionnels qui les ont préparées et réalisées.

En septembre 2026, les NISA soulignent qu’il a remporté un prix de direction de la photographie trois fois de suite. Cette continuité confirme la reconnaissance de son travail au sein de la profession.

Ciné Lumière, répondre aux besoins matériels des tournages

Parallèlement à son activité de chef opérateur, Abdul Aziz Diallo fonde Ciné Lumière, une société spécialisée dans la fourniture d’équipements cinématographiques.

Cette initiative prolonge son expérience des plateaux. La qualité d’une production ne dépend pas uniquement de ses ambitions artistiques : elle suppose aussi l’accès à des outils adaptés et à des professionnels capables de les utiliser.

En développant une activité liée au matériel, Diallo intervient donc sur une autre condition de fabrication des œuvres. Il associe son métier de directeur de la photographie à une démarche entrepreneuriale.

Dans un entretien de 2022, il explique vivre de son activité audiovisuelle et avoir pu lancer d’autres entreprises à partir de cette base. Son parcours témoigne ainsi des possibilités de développement professionnel autour des métiers techniques du cinéma.

À Cannes, poursuivre les échanges professionnels

En mai 2026, Abdul Aziz Diallo est présent au Festival de Cannes. Il y revient sur sa formation à Ouagadougou, ses premières collaborations et ses ambitions pour la suite.

Il exprime notamment le souhait de voir son travail reconnu dans ce cadre international. Cette ambition accompagne un parcours déjà établi dans plusieurs productions africaines, sans signifier qu’une sélection ou une récompense cannoise aurait alors été obtenue.

L’entretien met également en avant son engagement dans la structuration du secteur et la transmission. Pour lui, le développement des compétences et des moyens techniques fait partie des conditions nécessaires à la poursuite de la production.

Un parcours qui rappelle la place des techniciens dans le cinéma africain

La carrière d’Abdul Aziz Diallo relie la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, l’école et la pratique, le documentaire et la fiction. Elle montre comment un professionnel de l’image peut progressivement élargir ses responsabilités, du cadrage à la direction de la photographie, puis à l’entreprise.

Ses collaborations avec Boubakar Diallo, Alex Ogou et d’autres réalisateurs composent une filmographie collective. Son apport se trouve dans les images, mais aussi dans le travail d’équipe et les moyens mobilisés pour les produire.

Derrière la visibilité de Cacao, de Niabla ou des Trois Lascars, son parcours rappelle ainsi une réalité essentielle : le développement du cinéma et des séries repose également sur des métiers techniques capables d’accompagner les ambitions des créateurs dans la durée.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer
Fermer