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Hanny Tchelley : de Binta dans Bal Poussière à la création du Festival du court métrage d’Abidjan

Actrice, danseuse, chorégraphe et réalisatrice ivoirienne, Hanny Tchelley s’est fait connaître auprès d’un large public en interprétant Binta dans Bal Poussière, d’Henri Duparc. Mais sa carrière dépasse ce personnage devenu emblématique de la comédie ivoirienne. Formée à Abidjan puis en Grande-Bretagne, elle passe à la réalisation documentaire et fonde, en 1998, le Festival international du court métrage d’Abidjan, le FICA. Son parcours associe ainsi l’interprétation, la création de films et l’organisation d’un espace de rencontre pour les cinéastes.

La danse et la musique avant le cinéma

Hanny Tchelley Brigitte, connue professionnellement sous le nom de Hanny Tchelley ou Hanny Tchelley-Etibou, commence sa formation artistique à l’Institut national des arts d’Abidjan. Entre 1983 et 1985, elle étudie au conservatoire de danse et de musique.

Son apprentissage repose d’abord sur le mouvement, le rythme et la présence scénique. En 1985, elle obtient un diplôme de chorégraphie selon la méthode Margaret Morris Movement, puis effectue des stages en Grande-Bretagne, notamment à Londres, Stourbridge et Kidderminster.

Cette formation lui donne plusieurs possibilités d’expression. Elle peut danser, élaborer une chorégraphie et interpréter un personnage. Lorsqu’elle se tourne vers le cinéma, elle possède donc déjà une expérience artistique qui ne se limite pas au jeu devant la caméra.

Dans ses entretiens, elle continue d’ailleurs à se définir comme une artiste polyvalente. La comédie, la danse, la chorégraphie et la réalisation constituent différentes dimensions d’un même parcours, plutôt que des métiers qu’elle aurait successivement abandonnés.

Bal Poussière, le rôle qui la révèle

Après de premières expériences au cinéma, Hanny Tchelley est révélée au grand public par Bal Poussière, réalisé par Henri Duparc à la fin des années 1980. Elle y interprète Binta, une jeune femme qui devient la sixième épouse d’un riche planteur surnommé « Demi-Dieu ».

Face à elle, Bamba Bakary joue un homme convaincu de pouvoir organiser son foyer selon sa seule volonté. Déjà marié à cinq femmes, il imagine qu’une sixième épouse lui permettra de répartir méthodiquement sa semaine. Binta vient perturber cet ordre qu’il croyait maîtriser.

Le personnage occupe une place décisive dans la comédie. Son arrivée n’ajoute pas simplement une personne au foyer : elle met à l’épreuve les habitudes, les rivalités et l’autorité du mari. Présentée comme moderne et indépendante, Binta ne correspond pas à l’épouse docile qu’il espérait.

Hanny Tchelley partage l’affiche avec Naky Sy Savané, Thérèse Taba et Akissi Delta. Le film réunit ainsi plusieurs comédiennes qui marqueront ensuite, chacune à sa manière, le cinéma et la télévision ivoiriens.

Binta, une figure de résistance dans la comédie de mœurs

La force du personnage tient à sa capacité à déplacer les rapports de pouvoir. « Demi-Dieu » dispose de l’argent et du statut social, mais ces avantages ne suffisent pas à obtenir l’obéissance de Binta.

Henri Duparc utilise cette confrontation pour faire rire tout en interrogeant la domination masculine. Le comique naît du décalage entre l’autorité revendiquée par le planteur et les difficultés qu’il rencontre lorsqu’une femme refuse de se conformer à ses attentes.

Pour Hanny Tchelley, le rôle exige de faire exister cette opposition dans les échanges, les réactions et l’attitude du personnage. Binta doit tenir sa place face à un protagoniste dont le surnom exprime déjà la démesure.

Le succès du film associe durablement son visage à cette figure féminine. La présence de Bal Poussière dans les programmations patrimoniales, notamment à Cannes Classics en 2021, permet ensuite à d’autres générations de spectateurs de découvrir son interprétation.

Passer derrière la caméra sans renoncer au métier d’actrice

Après cette reconnaissance, Hanny Tchelley élargit ses activités à l’écriture et à la réalisation. Elle ne présente pas ce passage comme une rupture avec l’interprétation.

Dans un entretien publié en 2010, elle souligne qu’elle n’a pas cessé d’être comédienne et considère la comédie et la réalisation comme des pratiques étroitement liées. L’expérience de l’actrice accompagne donc son travail derrière la caméra.

En 2000, elle écrit et réalise Et demain ?, un documentaire de vingt-six minutes consacré aux musiques urbaines en Côte d’Ivoire. Le film lui permet de s’intéresser à une expression culturelle contemporaine et à la manière dont elle se développe dans le pays.

Ce choix prolonge son propre rapport à la musique et à la scène. Le documentaire lui donne toutefois d’autres outils : rencontrer des personnes, recueillir leurs paroles et organiser un regard sur une pratique collective.

Du football à la vie publique, diversifier les sujets documentaires

En 2006, Hanny Tchelley écrit et réalise Un éléphant dans l’œil, à l’occasion de la Coupe du monde de football. Elle signe également un documentaire intitulé Décentralisation, enjeux et bilan.

Ces projets montrent une activité qui dépasse le seul portrait d’artiste. Le sport, l’organisation territoriale et la vie publique deviennent aussi des sujets de réalisation.

En 2010, elle présente Un homme, une vision, un long métrage documentaire. Lors d’un déplacement à Ouagadougou pour accompagner le film, elle évoque son activité artistique, mais aussi son engagement dans le contexte de la crise ivoirienne.

Cette dimension appartient à son parcours public. Hanny Tchelley assume alors une parole militante, qu’elle présente comme une défense des institutions de son pays. Ses réalisations documentaires se développent ainsi dans une période où sa vie artistique et ses prises de position citoyennes se rencontrent.

Le FICA, créer une place pour le court métrage

L’une des initiatives les plus durables de Hanny Tchelley est la création, en 1998, du Festival international du court métrage d’Abidjan, le FICA.

Le projet répond à une question essentielle : comment permettre aux films courts d’être vus et discutés ? Leur réalisation constitue souvent une étape importante dans le parcours d’un cinéaste, mais ils disposent de moins d’espaces de diffusion que les longs métrages ou les programmes télévisés.

Le festival offre un cadre de présentation et de reconnaissance à ces œuvres. Après la première édition, Hanny Tchelley organise de nouveaux rendez-vous en 2001, 2004, 2006 et 2008. Cette cinquième édition marque les dix ans de la manifestation.

L’organisation d’un festival ajoute une responsabilité différente à son métier. Il ne s’agit plus uniquement de créer ou d’interpréter une œuvre, mais de réunir des films, des professionnels et des spectateurs autour d’une programmation.

Un rendez-vous ouvert aux cinéastes africains

Dans son entretien de 2010, Hanny Tchelley explique que le FICA a été créé avec la caution du FESPACO. Elle insiste également sur la participation de réalisateurs burkinabè et sur les distinctions obtenues par leurs productions.

Le festival s’inscrit donc dans un espace de circulation africain. Abidjan devient un lieu où des œuvres venues d’autres pays peuvent rencontrer un public et être confrontées à d’autres démarches.

Cette ouverture correspond à une réalité du cinéma du continent : les projets, les équipes et les manifestations se développent grâce à des relations qui dépassent les frontières nationales.

Le FICA constitue, dans ce cadre, un travail de transmission. Il permet de découvrir de nouveaux films, de mettre en valeur leurs auteurs et de donner au format court une place dans la vie culturelle ivoirienne.

L’exil, puis le retour en Côte d’Ivoire

La crise postélectorale de 2010-2011 marque une rupture dans la vie de Hanny Tchelley. Après la chute du pouvoir de Laurent Gbagbo, elle s’installe en France, où elle demeure pendant plus d’une décennie.

Elle revient en Côte d’Ivoire le 25 juillet 2022. Le lendemain, elle rencontre le ministre de la Réconciliation et de la Cohésion sociale, Kouadio Konan Bertin, auquel elle exprime sa gratitude. Elle affirme également sa volonté de participer au processus de réconciliation.

Ce retour ouvre une nouvelle période, dans laquelle la relance du FICA figure parmi les projets évoqués. La manifestation reste ainsi associée à son engagement culturel, malgré l’interruption provoquée par l’éloignement.

Une carrière au-delà d’un personnage célèbre

Hanny Tchelley conserve une place particulière dans la mémoire du cinéma ivoirien grâce à Binta. Le personnage de Bal Poussière reste un repère fort, porté par un film qui continue de circuler.

Mais son apport ne s’arrête pas à cette interprétation. La réalisation documentaire lui a permis de choisir ses sujets et de construire ses propres regards. Avec le FICA, elle a aussi travaillé à donner une visibilité aux œuvres d’autres cinéastes.

Son parcours relie ainsi trois positions complémentaires : être devant la caméra, diriger un film et organiser sa rencontre avec le public. C’est dans cet ensemble que se situe sa contribution à la vie cinématographique ivoirienne.

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