Salif Koné : des vidéos sur Internet au NISA d’or avec Au-delà des illusions

Acteur, scénariste, réalisateur et producteur ivoirien, Salif Koné s’est d’abord fait connaître sous le pseudonyme de Salyffou avec des vidéos et des courts métrages diffusés sur Internet. En 2021, il fonde CED Film, puis développe son premier long métrage, Au-delà des illusions. Récompensé au FESPACO et lauréat du NISA d’or en 2025, ce film suit deux amis que l’espoir d’un enrichissement rapide entraîne dans le trafic de drogue. Son parcours illustre le passage d’une création numérique à une production destinée aux salles et aux festivals.
À Marcory, les premières envies de cinéma
Salif Koné naît le 3 avril 2001 à Marcory, dans le sud d’Abidjan. Passionné de cinéma, il commence à développer ses propres productions à partir de 2020. Sous le nom de Salyffou, il diffuse des vidéos sur Internet et construit progressivement une relation avec un premier public.
Ses débuts passent notamment par l’humour. Les formats numériques lui permettent de jouer, d’expérimenter des situations et de présenter rapidement son travail aux spectateurs. Cette première visibilité constitue un point de départ, mais ne suffit pas à résumer ses ambitions.
Il souhaite raconter des histoires plus développées, avec des personnages qui ne se limitent pas à l’efficacité d’une scène comique. Le passage au court métrage lui offre cette possibilité : construire une progression, installer un conflit et conduire un récit jusqu’à son dénouement.
Cette évolution se fait progressivement. Avant son premier long métrage, Salif Koné multiplie les projets et travaille également comme acteur et assistant sur d’autres productions.
CED Film, une structure pour donner une continuité aux projets
En 2021, Salif Koné crée CED Film. La société lui permet d’organiser ses activités et de préparer des productions qui dépassent le cadre de la vidéo réalisée pour une diffusion immédiate en ligne.
Cette création marque un changement de responsabilité. L’auteur et l’acteur deviennent aussi producteur : il faut désormais penser à la préparation des projets, aux équipes et aux moyens nécessaires pour mener les tournages à leur terme.
Salif Koné présente également CED Film comme une structure destinée à soutenir de jeunes talents et à promouvoir le cinéma ivoirien. Son projet professionnel ne repose donc pas uniquement sur sa présence devant la caméra, mais sur la construction d’un cadre de travail collectif.
Entre 2021 et 2024, il poursuit la réalisation de courts métrages. Cette période lui permet de consolider son expérience avant de se confronter aux exigences d’un récit plus long.
Les courts métrages avant le passage en salles
En 2024, Salif Koné signe notamment Les Échos du cœur et Les Fleurs du mal. Ce dernier remporte le premier prix de la deuxième édition du concours Majestic Court.
La récompense constitue une étape dans sa reconnaissance. Elle accompagne un travail déjà engagé sur plusieurs années et confirme sa volonté de passer des productions numériques à des œuvres présentées dans un cadre cinématographique.
Le court métrage joue ici un rôle de transition. Il conserve une durée compatible avec des moyens limités, tout en imposant une construction plus complète que celle d’une séquence isolée. Pour Salif Koné, ces projets précèdent l’ambition de tenir une histoire sur la durée d’un long métrage.
C’est également en 2024 qu’il engage la production d’Au-delà des illusions, son premier film de ce format.
Au-delà des illusions, deux amis face à la tentation de l’argent facile
Le film suit William et Jack, deux amis d’enfance issus de milieux modestes. Ils cherchent à sortir d’un quotidien qui leur offre peu de perspectives. Leur trajectoire change lorsque William découvre un sac contenant de la drogue.
Ce qui apparaît d’abord comme une occasion devient le point d’entrée dans un univers criminel. Sous l’influence d’un homme nommé Lucas, les deux amis s’engagent dans des activités qui leur apportent de l’argent, mais les exposent à des conséquences qu’ils n’avaient pas mesurées.
Le récit repose sur cette transformation du regard. Au commencement, William et Jack voient surtout la possibilité d’améliorer rapidement leur situation. À mesure qu’ils avancent, ils découvrent les risques, les dépendances et les violences liés à leurs choix.
Lorsqu’ils envisagent de s’arrêter, une dernière proposition de Lucas les pousse à continuer. Un événement tragique oblige alors William à réexaminer ses certitudes et à décider de la suite de sa vie.
Le titre du film prend son sens dans ce cheminement : les personnages doivent apprendre à distinguer la promesse d’une vie meilleure de la réalité des moyens employés pour l’atteindre.
Un thriller sur l’amitié et la responsabilité
Salif Koné décrit Au-delà des illusions comme un drame social consacré aux choix de vie et à leurs conséquences, particulièrement chez les jeunes. Le trafic de drogue fournit le cadre de l’intrigue, mais le sujet concerne aussi l’amitié, la loyauté et la possibilité de changer de direction.
William et Jack n’agissent pas seuls. Leur relation pèse sur leurs décisions, tandis que Lucas exerce une influence sur leur engagement dans le milieu criminel. Le film examine ainsi la manière dont les liens entre les personnages peuvent encourager une prise de risque ou compliquer un retrait.
La responsabilité constitue l’un des enjeux du récit. Les difficultés sociales expliquent les aspirations des deux amis, mais ne font pas disparaître les conséquences de leurs actes. Le film cherche à montrer ce moment où une décision présentée comme provisoire finit par transformer durablement une existence.
Salif Koné signe le scénario, assure la réalisation et participe à la production. Il est également acteur du film, réunissant plusieurs fonctions autour d’un projet qu’il accompagne de sa conception à sa présentation au public.
Une production indépendante menée sur une année
La fabrication d’Au-delà des illusions s’étend sur environ un an. Salif Koné explique que le manque de moyens a considérablement allongé un travail qui aurait pu être réalisé plus rapidement avec un financement suffisant.
Le film est développé sur fonds propres. Cette économie impose de faire avancer le projet en fonction des ressources disponibles et de maintenir l’engagement de l’équipe pendant une période prolongée.
Le réalisateur ne présente pas cette contrainte comme un motif d’abandon. Elle devient une donnée avec laquelle il doit composer pour achever son premier long métrage.
Cette étape distingue le projet des formats plus courts de ses débuts. Il ne s’agit plus seulement de trouver une idée et de tourner une séquence : il faut préserver la cohérence d’un ensemble sur plusieurs mois et conduire toutes les étapes jusqu’à la finalisation du film.
Au FESPACO, une première reconnaissance internationale
En février 2025, Au-delà des illusions est présenté au FESPACO, à Ouagadougou. Le film y reçoit le prix de l’Union européenne.
Cette distinction donne une nouvelle visibilité à Salif Koné et à CED Film. Elle permet à une première production indépendante de trouver sa place dans un rendez-vous majeur du cinéma africain.
Le cinéaste y voit la reconnaissance du travail de toute une équipe. Cette lecture collective est importante dans un parcours où son nom apparaît à plusieurs fonctions : la responsabilité de l’auteur-réalisateur ne doit pas masquer la contribution des interprètes et des techniciens.
La sélection du FESPACO ouvre également une nouvelle phase de circulation. Le film commence à être présenté à des publics qui ne connaissent pas nécessairement les vidéos par lesquelles son réalisateur s’était fait découvrir.
Le NISA d’or en 2025
En juillet 2025, Au-delà des illusions remporte le NISA d’or lors de la sixième édition de la Nuit ivoirienne du septième art et de l’audiovisuel.
Cette récompense constitue un tournant dans la carrière de Salif Koné. À vingt-quatre ans, il est distingué pour un premier long métrage, après quelques années consacrées aux vidéos et aux courts formats.
Le travail de l’équipe est également reconnu à travers le prix de la meilleure direction de la photographie en long métrage, attribué à Christian Taju Enoh.
Plus tard dans l’année, le scénario reçoit une distinction aux Rencontres cinématographiques et numériques de Cotonou, les RECICO. Ces récompenses successives concernent donc plusieurs dimensions du film : son écriture, ses images et sa réussite d’ensemble.
Faire circuler le film au-delà de la Côte d’Ivoire
Le parcours d’Au-delà des illusions se poursuit dans plusieurs pays. Le film est présenté dans des festivals et connaît une tournée dans une dizaine de villes françaises à la fin de 2025.
L’Institut français Centre Saint-Louis, à Rome, programme également une projection en présence de Salif Koné, avec une version française sous-titrée en italien. Ces rencontres prolongent la vie du film au-delà de sa sortie et de ses récompenses.
Pour son réalisateur, cette circulation représente une autre forme d’apprentissage. Une œuvre née dans un environnement ivoirien est confrontée aux réactions de spectateurs qui ne partagent pas nécessairement les mêmes références, mais peuvent reconnaître les tensions liées à l’ambition, à l’amitié et à la tentation d’un raccourci vers la réussite.
Une nouvelle étape après les débuts numériques
La trajectoire de Salif Koné ne correspond pas à une rupture totale entre Internet et le cinéma. Les premières vidéos lui ont permis de pratiquer, de rencontrer un public et de préciser ses envies. Les courts métrages ont ensuite constitué un espace de progression avant le long format.
Avec Au-delà des illusions, il transforme cette expérience en un projet de cinéma porté par une société de production, une équipe et une stratégie de circulation.
Son parcours reste celui d’un jeune réalisateur au début de sa filmographie. Mais ce premier long métrage établit déjà une orientation : raconter des trajectoires de jeunesse à travers les choix qui les font basculer, tout en cherchant les moyens de produire ces histoires depuis la Côte d’Ivoire.



