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Mory Traoré : du théâtre au cinéma, un parcours entre la Côte d’Ivoire, la France et le Japon

Acteur, metteur en scène, réalisateur et enseignant, Mory Traoré a développé un parcours artistique entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie. Son long métrage L’Homme d’ailleurs, réalisé en 1979, raconte l’isolement d’un Africain installé au Japon et confronté au racisme. Formé au théâtre en France puis au contact des pratiques scéniques japonaises, il a également consacré une partie de sa carrière à l’enseignement et à la formation en Côte d’Ivoire.

Un départ pour la France et la découverte du métier de comédien

Mory Traoré quitte la Côte d’Ivoire en 1969 pour suivre des études de droit à Paris. Son installation en France ne le conduit pas immédiatement vers une carrière artistique : il exerce plusieurs métiers avant de devenir comédien. Le théâtre prend ensuite une place centrale dans son parcours et l’amène à travailler au sein de différentes troupes.wikipedia+1

Après des études de droit et de sociologie, il se forme à l’art dramatique. Sa trajectoire associe ainsi une approche des rapports sociaux à une pratique de l’interprétation. Il travaille notamment sur des spectacles comme Le Tiercé de Jack, Novalis et Lulu. Son activité de comédien se prolonge également à l’écran.w

Il apparaît dans Le Faux-cul et Le Docteur noir, deux films de 1975. Plus tard, il joue dans Les Guérisseurs, réalisé par Sidiki Bakaba. Ces expériences font de lui un interprète avant qu’il ne soit principalement identifié, dans les histoires du cinéma ivoirien, comme l’auteur de L’Homme d’ailleurs.

Au Japon, une autre expérience du théâtre

À la fin des années 1970, Mory Traoré séjourne en Asie pour approfondir sa formation. Il y étudie le théâtre, les arts martiaux et l’écriture japonaise. Son apprentissage comprend notamment le théâtre nô, à Kyoto puis à Tokyo. Cette étape donne à son itinéraire une dimension particulière : après la Côte d’Ivoire et la France, le Japon devient un autre lieu de pratique et de réflexion artistique.wikipedia+1

Son séjour ne se limite pas à l’étude. C’est au Japon qu’il réalise L’Homme d’ailleurs, son premier long métrage. Le pays où il poursuit sa formation devient ainsi le cadre d’un récit consacré à l’expérience d’un étranger, à sa difficulté à trouver sa place et aux formes de rejet auxquelles il se heurte.

La rencontre entre les cultures ne constitue donc pas seulement un élément de sa biographie. Elle devient aussi un sujet de cinéma. Mory Traoré choisit de raconter une présence africaine dans un espace qui se distingue des destinations européennes habituellement associées, dans son propre parcours, aux études et à l’émigration.

L’Homme d’ailleurs, un Africain confronté au racisme au Japon

Réalisé en 1979, L’Homme d’ailleurs suit un homme noir installé au Japon et marié à une Française. Le personnage éprouve un sentiment de rejet qui touche à la fois sa relation conjugale et sa place dans la société japonaise. Le récit conduit à une issue tragique, son suicide, et traite ainsi des conséquences destructrices de l’exclusion.

Le film aborde le racisme à travers une expérience individuelle. Il ne se contente pas de poser une question générale sur les préjugés : il montre un homme dont les possibilités de relation et d’appartenance se réduisent progressivement. L’isolement se construit dans plusieurs espaces de sa vie, sans qu’il puisse trouver dans son entourage la reconnaissance qu’il recherche.a

Cette articulation entre la sphère intime et l’environnement social donne au sujet sa force. Le couple ne constitue pas un refuge face aux difficultés extérieures ; il participe lui aussi au sentiment de solitude du personnage. Le film met ainsi en relation des blessures qui, loin de se compenser, finissent par s’accumuler.

Avec ce cadre japonais, Mory Traoré déplace également le regard porté sur l’expérience africaine à l’étranger. Son personnage n’évolue ni en France ni dans une autre ancienne puissance coloniale européenne. Le récit permet d’aborder les mécanismes du rejet dans une autre configuration culturelle et géographique.africultures+1

Un film présent dans les circuits de découverte du cinéma africain

L’Homme d’ailleurs figure parmi les films programmés au Festival des 3 Continents, à Nantes. Le festival conserve également une notice consacrée au réalisateur, sous la graphie « Mori Traore ». Cette présence témoigne de la circulation de son œuvre dans des espaces consacrés à la découverte de cinématographies africaines, asiatiques et latino-américaines.

Le film continue aussi d’être présenté longtemps après sa réalisation. En juillet 2007, une projection en ciné-club en Côte d’Ivoire fait l’objet d’un article de presse rappelant le parcours de son personnage africain au Japon. Près de trois décennies après sa création, l’œuvre reste donc un support de rencontre et de discussion autour du cinéma ivoirien.

La filmographie de Mory Traoré comprend également Le Comédien et son texte, un court métrage situé à la rencontre de ses deux domaines de travail, le théâtre et le cinéma. Africultures le répertorie comme une fiction en 16 mm.a

Le retour à la scène et l’enseignement à Abidjan

La réalisation de L’Homme d’ailleurs ne marque pas une rupture avec le théâtre. Mory Traoré poursuit la mise en scène au cours des années 1980 et s’oriente également vers l’enseignement. À partir de 1985, il enseigne à l’Université d’Abidjan, dans le domaine de la communication et des arts.

Son activité prend une dimension supplémentaire en 1989 avec la fondation du CARAS, le Centre africain de recherche, de formation et de création en arts du spectacle et communication. L’intitulé de cette structure réunit les différentes orientations de son parcours : étudier les pratiques artistiques, former à leur exercice et permettre la création.w

Le cinéaste et comédien devient ainsi un acteur de la transmission. Son expérience ne se limite plus à sa propre présence sur scène ou à la réalisation de ses films. Elle s’inscrit aussi dans des cadres destinés à l’apprentissage et à la recherche, auprès d’étudiants et de praticiens des arts du spectacle.w

Réfléchir aux liens entre récit oral et cinéma

Mory Traoré accompagne son travail artistique d’une activité d’écriture et de réflexion. Il publie des articles sur le théâtre et le cinéma dans des revues japonaises ainsi que dans des publications africaines, notamment Africa International et Fraternité Matin. Ses écrits prolongent donc les échanges entre les différents espaces culturels qu’il a fréquentés.w

Parmi ses travaux figure Le Poids de la ritualité du récit oral dans le cinéma d’Afrique noire, daté de 1990. Ce sujet met en relation la narration orale et l’expression cinématographique, deux domaines dont les outils diffèrent, mais qui participent l’un et l’autre à la construction et à la transmission des histoires.w

Cette réflexion complète un itinéraire qui ne se laisse pas réduire à une seule profession. Mory Traoré travaille comme acteur, dirige des interprètes, réalise des films et enseigne. L’Homme d’ailleurs reste le repère majeur de sa contribution au cinéma ivoirien, mais son parcours comprend également un engagement durable dans les arts de la scène et leur transmission. Entre la Côte d’Ivoire, la France et le Japon, il a fait de la rencontre des pratiques artistiques à la fois une expérience professionnelle et un champ de recherche.

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