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Landry Agbadou : le réalisateur de Gla qui explore les traditions ivoiriennes à travers le thriller

Réalisateur et producteur ivoirien, Charles Landry Agbadou accède à une nouvelle reconnaissance avec Gla, lauréat du NISA d’or en 2024. Ce thriller raconte la vengeance d’un ancien policier qui, après la mort de sa fille, dissimule son identité derrière un masque inspiré de la culture wê. Actif au sein d’African Impact Movies, le cinéaste poursuit ensuite avec Le Sacrifice et s’engage dans la diffusion des films ivoiriens en France. Son parcours associe ainsi la réalisation de récits de genre à la recherche de nouveaux espaces de rencontre avec le public.

African Impact Movies, un cadre pour développer ses projets

Avant la reconnaissance obtenue avec Gla, Landry Agbadou travaille déjà à plusieurs productions personnelles. Un portrait publié en juillet 2024 mentionne cinq projets à son actif, parmi lesquels Mea Culpa. Il exerce alors comme producteur et réalisateur au sein d’African Impact Movies, également désignée par le sigle AIM.

Cette activité le place à deux étapes de la fabrication des films. La réalisation concerne la mise en scène, la direction des interprètes et les choix d’images. La production engage également la préparation du projet, la réunion des moyens et l’organisation du travail.

Chez Agbadou, ces responsabilités se rejoignent dans une volonté de développer des histoires à partir de références ivoiriennes. Il considère les traditions africaines comme une matière encore insuffisamment explorée par le cinéma. Gla devient l’une des expressions les plus visibles de cette orientation.

Gla, le récit d’un policier devenu justicier

Sorti en juin 2024, Gla suit Max, un ancien enquêteur dont la vie bascule après la mort tragique de sa fille. L’affaire demeure non résolue. Dévasté par cette perte, il décide de s’en prendre aux personnes qu’il juge responsables.

Le personnage franchit alors une frontière décisive. Celui qui appartenait à une institution chargée de faire respecter la loi choisit de rendre lui-même la justice. Sa connaissance de l’enquête ne sert plus à rechercher une vérité dans un cadre légal : elle accompagne une entreprise de vengeance.

Le film repose sur cette transformation. Max ne se définit pas seulement par la violence qu’il exerce, mais par le passage d’une position à une autre : de policier respecté à homme qui impose son propre jugement. Le deuil devient le point de départ d’un engrenage criminel.

Le scénario est signé Hiram Ayamel et Khalif-Allah Soumahoro. Landry Agbadou en assure la réalisation, avec une distribution comprenant notamment Mahoula Kané, Annick Keipo et Ray Reboul.

Le masque wê, entre référence culturelle et invention cinématographique

Pour dissimuler son identité, le personnage de Gla porte un masque. Ce choix donne au film son titre et constitue l’un de ses principaux éléments visuels.

Landry Agbadou explique avoir retenu cette référence en raison de la place du Gla dans la culture wê, qu’il associe à la justice et au rétablissement de l’ordre. Le symbole entre ainsi en résonance avec le parcours de Max, qui prétend punir ceux qu’il considère comme coupables.

Cette utilisation doit toutefois être comprise comme un choix de fiction. Le comportement meurtrier du personnage ne constitue pas une définition du masque ni de sa fonction culturelle. Le film emprunte une référence traditionnelle pour construire un récit contemporain de vengeance.

L’intérêt de cette démarche réside dans la tension entre les deux dimensions. Le personnage revendique une forme de justice, mais agit en dehors de toute procédure et selon sa seule appréciation. Le masque accompagne cette ambiguïté : il dissimule l’homme tout en donnant une apparence d’autorité à ses actes.

Faire du thriller à partir d’un imaginaire ivoirien

Avec Gla, Landry Agbadou choisit les ressorts du thriller : la menace, l’enquête, les victimes successives et l’identité dissimulée. Il les associe à un élément culturel ivoirien plutôt que de construire un univers détaché de son environnement.

Ce rapprochement permet d’aborder le patrimoine autrement que par la seule reconstitution historique ou le documentaire. Une référence traditionnelle peut aussi intervenir dans une histoire contemporaine, avec les libertés et les déplacements propres à la fiction.

Le cinéaste affirme ainsi sa volonté de puiser dans des récits et des symboles locaux pour renouveler les propositions de cinéma. Son ambition ne consiste pas uniquement à montrer un masque à l’écran, mais à en faire un élément structurant de l’intrigue.

Selon la présentation publiée à la sortie du film, Gla est réalisé avec un budget de l’ordre d’une dizaine de millions de francs CFA. Ce montant situe le projet dans une économie de production resserrée, qui impose de concilier les ambitions du récit avec les moyens disponibles.

Le NISA d’or en 2024, un tournant dans sa carrière

Le 22 novembre 2024, Gla reçoit le NISA d’or lors de la cinquième édition de la Nuit ivoirienne du septième art et de l’audiovisuel, organisée au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire.

Landry Agbadou succède alors à Kadhy Touré, récompensée l’année précédente pour Marabout Chéri. Cette distinction donne une visibilité nouvelle à son travail de réalisateur et de producteur.

Le film reçoit également le prix de la meilleure fiction long métrage. Son montage est distingué, avec une récompense attribuée à Mr Tony. Ces prix mettent en lumière plusieurs composantes de la production et rappellent que la reconnaissance d’un film repose sur le travail de toute une équipe.

Pour Agbadou, le NISA d’or représente une étape importante : un projet développé avec des moyens limités devient l’une des œuvres distinguées par la profession ivoirienne. Cette reconnaissance accompagne la poursuite de ses activités plutôt qu’elle ne marque leur aboutissement.

Le Sacrifice, un nouveau film après Gla

En juillet 2025, Landry Agbadou présente Le Sacrifice au public abidjanais. Il en assure à nouveau la réalisation et la production.

Le film, annoncé comme une œuvre d’une heure et cinq minutes, arrive environ un an après Gla. Lors de sa présentation, le cinéaste évoque un projet préparé depuis longtemps et exprime son plaisir de pouvoir enfin le montrer.

Cette nouvelle sortie témoigne d’une continuité de travail. Après le succès aux NISA, Agbadou ne se limite pas à accompagner la circulation du film récompensé : il poursuit la fabrication de nouvelles œuvres.

La distinction obtenue en 2024 s’inscrit ainsi dans une trajectoire de production. Le défi devient celui de la durée : maintenir une équipe, développer d’autres histoires et retrouver des occasions de diffusion.

À La Rochelle, ouvrir un espace aux films ivoiriens

Du 1er au 3 juillet 2026, Charles Landry Agbadou porte la première édition de « Cinéma ivoirien à La Rochelle », en France. La manifestation se déroule à l’Espace Bernard-Giraudeau et propose plus d’une dizaine de films.

La programmation comprend Gla, mais également Y’a braquage au village, Opaah Noël, Robin des brousses et Gazoua doit mourir. L’événement ne se réduit donc pas à la promotion de sa propre filmographie : il donne une place à plusieurs productions ivoiriennes.

Selon le ministère ivoirien de la Culture et de la Francophonie, les séances affichent complet. Cette première édition constitue une occasion de présenter les œuvres dans un cadre collectif et de faire découvrir la diversité des propositions nationales.

L’initiative ajoute une dimension à son parcours. Après avoir cherché les moyens de produire et de réaliser, Agbadou intervient aussi sur une question essentielle : où et comment les films peuvent-ils rencontrer leurs spectateurs ?

Un parcours entre création et diffusion

La carrière de Landry Agbadou se construit autour de projets dont il accompagne plusieurs étapes. Avec African Impact Movies, il développe ses films ; avec Gla, il obtient une reconnaissance nationale ; avec la manifestation de La Rochelle, il participe à leur circulation au-delà de la Côte d’Ivoire.

Son travail souligne également les possibilités offertes par le cinéma de genre. Le thriller lui permet de mobiliser une référence culturelle locale tout en construisant un récit destiné à un public contemporain.

De Gla au Sacrifice, puis à l’organisation de projections en France, son parcours relie ainsi deux responsabilités complémentaires : créer des œuvres et chercher les conditions de leur visibilité.

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