Fargass Assandé : du théâtre à L’Œil du cyclone, le parcours d’un acteur ivoirien devenu visage de Cacao et de Lupin

Comédien, dramaturge et metteur en scène, Fargass Assandé a construit sa carrière au théâtre avant d’accéder à une reconnaissance internationale au cinéma et à la télévision. Récompensé au FESPACO en 2015 pour son interprétation dans L’Œil du cyclone, il s’est ensuite fait connaître d’un public plus large grâce aux séries Cacao et Lupin. Derrière ces rôles se trouve un parcours commencé dans les compagnies ivoiriennes, poursuivi au Burkina Faso et développé sur les scènes africaines et européennes.
À dix ans, la découverte d’une vocation
Fargass Assandé naît le 11 mars 1962 à Bongouanou, en Côte d’Ivoire. Sa découverte du théâtre remonte à l’enfance. À dix ans, il assiste à une représentation de La Tragédie du roi Christophe, d’Aimé Césaire, au Théâtre de la Cité, à Cocody. Le spectacle et le jeu des comédiens lui donnent envie de monter à son tour sur scène.
Il cite notamment Bitty Moro et Bienvenu Néba parmi les artistes qui ont éveillé cette vocation. La rencontre avec le métier passe donc d’abord par la position du spectateur : avant de jouer, il observe des interprètes dont la présence lui fait entrevoir ce que peut être une vie consacrée au théâtre.
Autodidacte, il développe ensuite son expérience au sein de groupes et de projets collectifs. Son apprentissage se construit dans la pratique, les répétitions et les collaborations, plutôt qu’à travers un cursus unique d’école d’art dramatique. Cette formation par le travail restera une caractéristique importante de son parcours.
Le N’Zassa Théâtre, une première aventure de compagnie
En 1985, Fargass Assandé fonde à Abidjan le N’Zassa Théâtre avec Acho Weyer et Wassa Casimir. La compagnie lui offre un cadre pour développer son activité et s’initier à la mise en scène. Il ne se limite plus à interpréter un rôle : il participe à l’élaboration d’un spectacle dans son ensemble.
Cette double pratique devient durable. Assandé joue dans ses propres créations comme dans celles d’autres metteurs en scène. Il travaille notamment avec Eva Doumbia et Luis Marquès, puis développe des collaborations régulières avec Jean Lambert-wild. Son parcours se construit ainsi dans la circulation entre différentes équipes et différentes écritures théâtrales.
Les troubles en Côte d’Ivoire le conduisent à se réfugier au Burkina Faso. À Ouagadougou, il crée une nouvelle structure sous le nom de Compagnie N’zassa. Le déplacement n’interrompt donc pas son activité : il cherche à reconstituer un espace de travail et à poursuivre la création avec d’autres acteurs.
Un auteur attentif à la mémoire et aux blessures humaines
Fargass Assandé est également auteur dramatique. Parmi les textes associés à son nom figurent M’appelle Birahima, La Mémoire assiégée, Petite Fleur et Noces noires. L’écriture constitue ainsi un autre versant de son travail, à côté de l’interprétation et de la mise en scène.
Cette activité lui permet de participer à la naissance des récits, et non seulement à leur représentation. Certains projets établissent d’ailleurs un lien entre ses travaux de théâtre et de cinéma. Sa biographie professionnelle rapproche notamment les thèmes de Petite Fleur de ceux d’Eva, un film de Géry Barbot dont il cosigne le scénario et dans lequel il joue.
Il intervient aussi comme pédagogue, en animant des cours et des ateliers de théâtre. Dans un entretien publié en 2021, il évoque cette activité de transmission menée dans plusieurs villes, parallèlement aux spectacles et aux tournages. Le travail avec les interprètes constitue donc une continuité de sa carrière, et non une occupation secondaire.
Henri Duparc, une rencontre décisive pour le cinéma
Les débuts de Fargass Assandé au cinéma passent par Wariko, le gros lot, de Fadika Kramo-Lanciné. Il y interprète un policier au début des années 1990. Mais lorsqu’il revient sur cette période, il accorde une place particulière à Henri Duparc, qui lui permet de découvrir plusieurs métiers de la fabrication d’un film.
Auprès du réalisateur, il travaille à la régie, au casting, à la direction d’acteurs et à différents postes liés à la réalisation. Cette expérience élargit sa compréhension du cinéma : il ne connaît pas uniquement le travail demandé à l’interprète, mais aussi les tâches nécessaires à la préparation et à l’organisation d’un tournage.
Assandé attribue à Duparc une part essentielle de son parcours cinématographique. Cette reconnaissance rappelle l’importance des collaborations dans la formation des artistes. Pour lui, le passage de la scène à l’écran se fait aussi grâce à un cinéaste qui lui ouvre plusieurs portes au sein d’une équipe.
L’Œil du cyclone, du spectacle théâtral au long métrage
L’un des grands tournants de sa carrière arrive avec L’Œil du cyclone, réalisé par Sékou Traoré en 2015. Le film est adapté d’une pièce de Luis Marquès, née dans le cadre des Récréâtrales à Ouagadougou. Avant son adaptation au cinéma, l’œuvre a été jouée à de nombreuses reprises en Afrique et en Europe. Fargass Assandé en connaît donc déjà l’univers par la scène.
Il interprète Blackshouam, un rebelle accusé de crimes de guerre, face à Maïmouna N’Diaye dans le rôle d’Emma Tou, l’avocate chargée de le défendre. Le récit repose en grande partie sur leur confrontation. L’acteur doit incarner un homme impliqué dans des violences extrêmes, dont l’histoire personnelle se révèle progressivement au fil des échanges.
Il ne joue donc pas l’avocat, mais l’accusé. Cette distinction est essentielle pour comprendre sa composition : le rôle exige de faire exister un personnage menaçant tout en laissant apparaître les éléments de son passé qui compliquent le regard porté sur lui.
Sa prestation lui vaut le prix de la meilleure interprétation masculine au FESPACO en mars 2015. Cette récompense marque une reconnaissance majeure de son travail à l’écran, après des années de pratique théâtrale.
Cacao, la rencontre avec un nouveau public
En 2020, Fargass Assandé apparaît dans Cacao, la série réalisée par Alex Ogou. Il y interprète Jean Ahitey. Cette participation l’inscrit dans une production télévisuelle ivoirienne qui donne une nouvelle visibilité à plusieurs acteurs déjà expérimentés sur scène et au cinéma.
Pour Assandé, la série constitue une autre étape dans un parcours qui ne cesse de changer d’échelle et de format. Après les compagnies théâtrales, les tournées et les longs métrages, il travaille dans une fiction sérielle où un personnage se développe sur plusieurs épisodes.
Le tournage de Cacao est également lié à l’opportunité suivante de sa carrière. Il raconte qu’alors qu’il se trouve à Abidjan pour la série, une agence parisienne le contacte sur Facebook afin de lui proposer un casting. Il est retenu pour rejoindre Lupin.
Dans Lupin, Babakar Diop face à l’injustice
Dans Lupin, Fargass Assandé interprète Babakar Diop, le père d’Assane Diop, incarné à l’âge adulte par Omar Sy. Ce rôle lui apporte une visibilité auprès d’un public international, dans une production diffusée sur Netflix.
L’arrivée dans cette série prolonge un travail engagé depuis plusieurs décennies. Lorsqu’il évoque cette nouvelle exposition, Assandé rappelle son expérience théâtrale, ses récompenses au cinéma et ses activités de pédagogue. La notoriété internationale ne correspond donc pas à ses débuts : elle rend plus visible un parcours déjà long.
Cette chronologie permet de mieux situer sa carrière. Le comédien découvert dans Lupin par certains spectateurs est aussi l’auteur de pièces, le fondateur de compagnie et l’interprète récompensé de L’Œil du cyclone. Chaque rôle s’ajoute à cet ensemble plutôt qu’il ne l’efface.
Le théâtre comme point d’ancrage
Malgré les tournages, Fargass Assandé poursuit son travail sur scène. Les Archives du spectacle recensent encore sa participation en 2024 à Je suis blanc et je vous merde, de Soeuf Elbadawi. Le théâtre demeure ainsi une pratique active, et non une étape laissée derrière lui après la reconnaissance cinématographique.
La continuité entre les disciplines constitue le trait central de son itinéraire. Il écrit, met en scène, interprète et transmet, en passant des compagnies aux plateaux de tournage. De N’Zassa Théâtre à L’Œil du cyclone, puis à Cacao et Lupin, Fargass Assandé a construit une carrière où les nouvelles possibilités reposent sur une expérience accumulée au fil des collaborations.



