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Kodjo Ébouclé : du théâtre à Ablakon, le parcours d’un acteur majeur du cinéma ivoirien

Comédien, metteur en scène et régisseur, Kodjo Ébouclé a participé à plusieurs étapes importantes de l’histoire du spectacle ivoirien. Formé à l’Institut national des arts d’Abidjan, il a interprété des textes de Bernard Dadié, d’Aimé Césaire et de Wole Soyinka avant de s’imposer à l’écran auprès de réalisateurs comme Henri Duparc et Roger Gnoan M’Bala. Son rôle dans Ablakon lui apporte une reconnaissance au FESPACO. Mort en 1999, il demeure également présent dans la mémoire culturelle d’Abidjan à travers une salle du Palais de la culture qui porte son nom.

D’Adjamé à l’Institut national des arts

Kodjo Ébouclé naît en 1946 à Adjamé, à Abidjan. Il effectue ses études primaires à Grand-Lahou entre 1956 et 1963, puis poursuit sa scolarité secondaire à Dimbokro de 1964 à 1967. En 1968, il choisit une formation artistique et entre à l’Institut national des arts, l’INA, aujourd’hui intégré à l’Institut national supérieur des arts et de l’action culturelle, l’INSAAC.

Le théâtre constitue le premier cadre de son apprentissage professionnel. Au sein de la troupe de l’INA, il participe à des mises en scène qui lui permettent de travailler des écritures différentes : satire sociale, drame historique ou affrontement politique. Ce répertoire lui donne l’occasion d’aborder des personnages et des situations qui dépassent un seul registre de jeu.

Cette formation demeure une composante essentielle de sa carrière. Avant d’être connu comme acteur de cinéma, Ébouclé apprend à construire un rôle sur scène, à porter un texte et à travailler dans un ensemble. Son parcours rappelle ainsi la place des institutions de formation et des troupes théâtrales dans l’émergence des premiers interprètes professionnels ivoiriens.

Bernard Dadié, Aimé Césaire et Wole Soyinka au répertoire

Parmi les pièces auxquelles il participe figurent Le Lion et la Perle de Wole Soyinka, L’Œil de Bernard Zadi Zaourou, ainsi que Thôgô-Gnini et Béatrice du Congo de Bernard Dadié. Il joue également dans La Tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire. Ces œuvres l’inscrivent dans un répertoire africain et afro-caribéen attentif aux questions d’autorité, de domination et de transformation sociale.

La diversité de ces textes sollicite plusieurs dimensions du métier de comédien. Certains reposent sur la force de la parole et l’affrontement entre personnages ; d’autres utilisent le comique ou la satire pour interroger les comportements. Ce travail de troupe précède et accompagne son passage vers la télévision et le cinéma.

Ébouclé exerce aussi comme metteur en scène. Il dirige notamment Une femme à louer de François Campaux et Les Œillères de Kobina Sekyi. À l’interprétation s’ajoute ainsi la responsabilité de conduire le travail d’autres acteurs et d’organiser une représentation dans son ensemble.

Palabres sous le baobab, une présence à la télévision

Kodjo Ébouclé participe à l’émission Palabres sous le baobab, dans laquelle il présente des sketches. La télévision lui offre un autre espace de travail, distinct de la représentation théâtrale : son jeu s’adresse désormais à des spectateurs qui le découvrent à travers l’écran.

Cette circulation entre la scène et la télévision caractérise une partie de sa vie professionnelle. Il ne quitte pas un art pour en adopter définitivement un autre. Ses activités se développent au contraire dans plusieurs cadres, auxquels le cinéma vient ajouter de nouvelles possibilités d’interprétation.

Avec Henri Duparc et Roger Gnoan M’Bala, les débuts au cinéma

En 1972, Kodjo Ébouclé apparaît dans Amanié, court métrage de Roger Gnoan M’Bala, et dans Abusuan, réalisé par Henri Duparc. Il participe ainsi aux œuvres de deux cinéastes qui occuperont une place importante dans l’histoire du cinéma ivoirien.

Ces premières collaborations à l’écran ne restent pas isolées. Sa filmographie le conduit à retrouver les mêmes réalisateurs au fil des décennies. Avec Gnoan M’Bala, il joue dans Ablakon, puis dans Bouka. Avec Duparc, il apparaît notamment dans Rue Princesse et Une couleur café. Cette continuité permet de suivre son parcours à travers plusieurs périodes de la production nationale.

Ébouclé appartient donc à ces interprètes dont la carrière relie des films souvent étudiés séparément. Derrière les titres et les noms des réalisateurs se dessine aussi une histoire du travail des acteurs : celle de professionnels qui passent d’un projet à l’autre et contribuent, par leur présence, à l’identité du cinéma ivoirien.

Ablakon, le rôle de la reconnaissance

Avec Ablakon, sorti en 1985, Kodjo Ébouclé obtient l’un de ses rôles les plus marquants. Dans cette comédie de Roger Gnoan M’Bala, il interprète un faux aviateur escroc. Le personnage lui permet de mettre son expérience du jeu comique au service d’une fiction construite autour de la tromperie et des apparences.

Sa prestation est récompensée par le prix de la meilleure interprétation masculine au FESPACO de 1985. Les hommages consacrés à l’acteur mentionnent également une distinction aux Journées cinématographiques de Carthage. Ces reconnaissances donnent à son travail une visibilité au-delà de la Côte d’Ivoire.

Ablakon constitue ainsi un jalon majeur, sans résumer toute sa carrière. Le rôle met en lumière une compétence déjà développée au théâtre et à la télévision : donner une existence à un personnage dont les intentions, les paroles et le comportement ne coïncident pas nécessairement.

Un acteur présent dans les films des années 1980 et 1990

Après Ablakon, Kodjo Ébouclé poursuit sa carrière au cinéma. Il figure au générique de Bouka de Roger Gnoan M’Bala et des Guérisseurs de Sidiki Bakaba, deux films datés de 1988 dans sa filmographie. Ces collaborations élargissent son parcours au-delà des premières œuvres qui l’ont fait connaître.

Dans Rue Princesse, réalisé par Henri Duparc en 1994, il interprète un banquier. Il retrouve ensuite le réalisateur pour Une couleur café, en 1997, où il tient le rôle du cousin. Ces personnages s’ajoutent à un ensemble de participations qui témoignent de sa présence régulière dans le cinéma ivoirien pendant plus de vingt ans.

Son activité ne se limite pas aux productions nationales. Sa filmographie comprend également la minisérie Rally, en 1989, ainsi que d’autres participations à des projets internationaux. Le théâtre, les sketches télévisés et le long métrage restent néanmoins les principaux repères d’une carrière construite dans plusieurs formes de spectacle.

La régie, un travail derrière la caméra

Kodjo Ébouclé exerce également comme régisseur. À ce titre, il participe notamment aux Guérisseurs et à Tanoé des lagunes de Sidiki Bakaba, ainsi qu’à L’Aventure ambiguë de Jacques Champreux. Son implication dans la fabrication des films dépasse donc sa présence comme interprète.

Cette activité apporte une autre lecture de son parcours. Ébouclé connaît à la fois le travail devant la caméra et les exigences d’organisation d’une production. Sa contribution au cinéma ivoirien se situe ainsi dans les rôles qu’il joue, mais aussi dans les tâches nécessaires au déroulement des tournages.

Une mémoire entretenue au Palais de la culture

Kodjo Ébouclé meurt le 27 septembre 1999, à l’âge de 53 ans. Sa disparition met fin à une carrière commencée dans les années 1960 et poursuivie sur scène, à la télévision et au cinéma.

Une salle du Palais de la culture d’Abidjan porte son nom. Le journal du Marché des arts du spectacle africain, le MASA, lui consacre notamment un hommage en 2024 à l’occasion d’une présentation des personnalités auxquelles les salles de l’établissement sont dédiées. Ce lieu inscrit son souvenir dans un espace toujours associé à la création et à la rencontre avec le public.

De la troupe de l’INA à Ablakon, puis aux films de Duparc et de Bakaba, son itinéraire rappelle que l’histoire du cinéma ivoirien est aussi celle de ses comédiens. Kodjo Ébouclé y occupe une place particulière : celle d’un interprète formé au théâtre, reconnu à l’écran et engagé dans plusieurs métiers du spectacle.

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