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Fadika Kramo-Lanciné : le réalisateur de Djéli qui a offert à la Côte d’Ivoire son premier Étalon de Yennenga

Avec Djéli, conte d’aujourd’hui, récompensé au FESPACO en 1981, Fadika Kramo-Lanciné a inscrit son nom dans l’histoire du cinéma africain. Le réalisateur ivoirien a construit une œuvre peu abondante, mais marquée par deux longs métrages : Djéli, consacré à un amour contrarié par les hiérarchies sociales, et Wariko, le gros lot, une comédie sur les espoirs suscités par l’argent. Également engagé dans les institutions cinématographiques de son pays, il a associé la création de films à un travail de développement du secteur.

De Danané aux études de cinéma à Paris

Fadika Kramo-Lanciné naît en 1948 à Danané, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Il suit des études de lettres modernes à l’Université d’Abidjan avant de se former au cinéma à l’École Louis-Lumière, à Paris. Son parcours réunit ainsi deux apprentissages complémentaires : celui de la littérature, avec son attention aux récits et aux personnages, et celui des techniques de l’image.c

Il réalise en 1974 La Fin de la course, un court métrage de fiction de dix-sept minutes. Cette première réalisation précède son entrée, en 1975, à l’Office national de promotion rurale. Au sein de cette structure, il participe à la production de films pédagogiques et d’émissions de télévision consacrés aux questions de développement.c

Entre 1975 et 1981, il réalise une dizaine de films éducatifs et pédagogiques, ainsi que des programmes télévisés. Cette activité l’inscrit dans un usage du cinéma alors important en Côte d’Ivoire : l’image sert à informer, à expliquer et à accompagner les politiques de développement. Sa carrière de réalisateur de fiction se construit donc parallèlement à une pratique de l’audiovisuel destinée à la sensibilisation des populations.c

Djéli, l’histoire d’un amour confronté aux hiérarchies de naissance

En 1978, Fadika Kramo-Lanciné commence la réalisation de son premier long métrage, Djéli, conte d’aujourd’hui, avec l’appui d’une équipe de techniciens de la télévision. Le projet aboutit à un film qui va devenir l’un des titres majeurs de sa carrière.c

L’histoire suit Karamoko et Fanta, deux étudiants qui s’aiment et souhaitent se marier. Leur relation se heurte toutefois à un obstacle lié à leurs origines : Karamoko est fils de griot, tandis que Fanta appartient à une famille de lignée illustre. La hiérarchie sociale défendue par leur entourage s’oppose à leur union. Les deux jeunes gens cherchent alors à concilier leurs sentiments et leur respect des traditions.c

Le conflit ne repose donc pas simplement sur une opposition entre des jeunes attachés à la liberté et des aînés hostiles au changement. Les personnages doivent composer avec un héritage auquel ils appartiennent eux-mêmes. Le mariage engage leur choix personnel, mais aussi la place que les familles leur assignent dans la communauté. C’est cette tension entre l’individu et l’ordre collectif qui donne au récit sa force dramatique.c

Le titre, conte d’aujourd’hui, souligne cette rencontre entre une question héritée du passé et une situation contemporaine. Les protagonistes sont étudiants, mais leur instruction ne suffit pas à les libérer des distinctions de naissance. Le film met ainsi en scène une modernisation inachevée : de nouveaux parcours deviennent possibles, tandis que certaines frontières sociales continuent de déterminer les relations.

La consécration au FESPACO en 1981

Djéli remporte le grand prix, l’Étalon de Yennenga, lors du FESPACO de 1981. Cette récompense constitue un tournant dans la carrière de Fadika Kramo-Lanciné et une étape majeure pour le cinéma ivoirien. Le film reçoit également le prix de la critique internationale et celui de l’Office catholique international du cinéma.wikipedia+1

La reconnaissance du film repose sur un récit ancré dans une réalité sociale précise, mais dont le conflit dépasse son seul cadre géographique. À travers l’histoire de Karamoko et de Fanta, le réalisateur pose une question accessible à des publics très différents : jusqu’où une communauté peut-elle décider de l’avenir de ses membres au nom de leur naissance ?c

Ce premier long métrage reste durablement associé au nom de son auteur. Il montre aussi qu’une histoire sentimentale peut porter une interrogation sociale sans abandonner ses personnages au profit d’un discours général. L’enjeu du film demeure concret : deux personnes veulent construire une vie commune et découvrent que leur volonté ne suffit pas.c

Wariko, le gros lot : une fortune annoncée et un billet introuvable

Au début des années 1990, Fadika Kramo-Lanciné revient au long métrage avec Wariko, le gros lot, daté de 1993 dans le catalogue de l’Institut français. Le réalisateur passe du drame amoureux à la comédie, tout en conservant son intérêt pour les pressions qui s’exercent sur les individus et les familles.cineclubdecaen+1

Le film raconte les mésaventures d’Ali, un fonctionnaire de police qui vit à Abidjan avec son épouse Awa. Un billet de loterie acheté par celle-ci se révèle gagnant. Le couple peut espérer toucher trois millions, mais le billet a disparu. La perspective d’un changement de vie se transforme alors en une recherche fébrile : la maison est fouillée et des devins sont consultés dans l’espoir de retrouver le précieux ticket.c

Le ressort comique tient à cette contradiction : Ali et Awa ont gagné, mais ne peuvent pas profiter de leur gain. L’argent semble soudain à portée de main, tout en restant inaccessible. Le billet manquant devient le centre de leurs préoccupations et bouleverse leur quotidien.c

Avec cette intrigue, Kramo-Lanciné observe moins la richesse elle-même que les comportements provoqués par son attente. L’espoir d’une amélioration matérielle nourrit l’impatience, l’inquiétude et le recours à toutes sortes de solutions. La comédie lui permet ainsi de raconter la fragilité d’un foyer pour lequel une somme exceptionnelle pourrait tout changer.cineclubdecaen+1

Le film réunit notamment Alassane Touré dans le rôle d’Ali et Abiba Kaboré dans celui d’Awa. Sa distribution comprend également Ahissatou Traoré, Rachel Tehi et Fargass Assandé.c

Un engagement dans les institutions du cinéma ivoirien

La carrière de Fadika Kramo-Lanciné ne se limite pas à la réalisation. De 2013 à 2016, il dirige l’Office national du cinéma de Côte d’Ivoire. Il exerce également des fonctions de conseiller technique chargé du cinéma auprès du ministère de la Culture et de la Francophonie. Ces responsabilités prolongent son activité de cinéaste par une participation à l’organisation publique du secteur.wikipedia+1

Son parcours témoigne néanmoins des difficultés à financer de nouvelles œuvres. Un projet de long métrage, Deux Donzelles à Abidjan, entrepris en 2016, reste inachevé faute de moyens financiers. Même pour un réalisateur récompensé au FESPACO, la reconnaissance artistique ne garantit donc pas la possibilité de mener chaque film à son terme.

En 2017, une statue à son effigie est érigée sur l’avenue des cinéastes à Ouagadougou. Cet hommage inscrit sa contribution dans la mémoire du cinéma africain et rappelle le rôle joué par Djéli dans l’histoire du FESPACO.m

Deux longs métrages au cœur d’un héritage

Fadika Kramo-Lanciné meurt le 5 juin 2022, à l’âge de 74 ans. Sa disparition est annoncée comme celle d’une figure importante du cinéma ivoirien et africain, dont le nom reste attaché au grand prix remporté en 1981.africine+1

Djéli et Wariko abordent deux sujets différents, mais partagent une même attention aux vies ordinaires. Dans le premier, une hiérarchie de naissance menace un projet de mariage. Dans le second, l’espoir d’un gain financier désorganise l’existence d’un couple. Dans les deux cas, le réalisateur part d’un désir simple — aimer, vivre mieux — pour montrer les obstacles et les contradictions qui l’entourent. C’est dans cette proximité avec les aspirations de ses personnages que se situe la cohérence de son œuvre.

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