Kitia Touré : l’écrivain et cinéaste ivoirien qui reliait littérature, cinéma et enseignement
Écrivain, réalisateur, scénariste et universitaire, Kitia Touré a mené une carrière à la croisée de plusieurs disciplines. Auteur de L’Arbre et le Fruit, de Chez Tanty et de Destins parallèles, il a également signé le film Comédie exotique et enseigné le cinéma ainsi que les nouvelles technologies de l’information. Né en 1956 à Ayamé et mort en décembre 2012, il appartient aux personnalités ivoiriennes dont l’activité s’est déployée aussi bien dans la création que dans la recherche et les institutions culturelles.
D’Ayamé aux études universitaires à Paris
Kitia Touré naît en 1956 à Ayamé, dans la région d’Aboisso, au sud-est de la Côte d’Ivoire. Son parcours de formation le conduit en France, où il poursuit des études dans deux domaines qui resteront étroitement associés dans sa carrière : les lettres et le cinéma. Il soutient une thèse de lettres à l’Université Paris-IV–Sorbonne ainsi qu’une thèse d’études cinématographiques à l’Université Paris-I–Panthéon, selon la notice biographique du Festival des 3 Continents.
Cette double formation correspond à la diversité de ses activités ultérieures. Kitia Touré ne choisit pas entre l’écriture et l’image : il travaille dans les deux domaines, auxquels s’ajoutent l’enseignement et la recherche. Le Festival des 3 Continents présente son engagement artistique comme une volonté ancienne de communiquer avec les siens et d’exprimer leur culture.
Son itinéraire se distingue ainsi par la coexistence de plusieurs pratiques. L’écriture de livres, la réalisation de films et le travail universitaire ne constituent pas des périodes entièrement séparées de sa vie professionnelle. Ils composent les différentes dimensions d’une même carrière consacrée à la production et à la transmission de récits.
Une œuvre littéraire commencée avant Comédie exotique
La bibliographie de Kitia Touré comprend plusieurs titres publiés avant ou parallèlement à ses réalisations cinématographiques. La Bibliothèque nationale de France répertorie notamment L’Arbre et le Fruit, paru en 1979, puis Chez Tanty, en 1983. Cette dernière œuvre est une pièce de théâtre en deux actes. Son activité d’écrivain ne se limite donc pas au roman : elle comprend également une écriture destinée à la scène.
Le théâtre occupe une place particulière dans un tel parcours. Il associe le texte à l’interprétation, à la présence des acteurs et à la représentation devant un public. Chez Kitia Touré, sa pratique s’ajoute à celle du cinéma sans se confondre avec elle. Cette diversité des formes témoigne d’un auteur qui a travaillé avec plusieurs moyens d’expression plutôt que de construire toute son œuvre dans un seul genre.data.bnf+1
D’autres publications complètent cet ensemble, dont Fruits et légumes pour la vie, répertorié en 1989, et Destins parallèles, publié en 1995. Sa bibliographie montre ainsi une activité qui s’étend sur plusieurs décennies, au-delà du seul film auquel son nom reste souvent associé.
Comédie exotique, son passage à la réalisation
En 1984, Kitia Touré signe Comédie exotique, dont il assure la réalisation et l’écriture. Le film réunit notamment Yao Joachim Ouattara, François Tilly, André Gardies, Laura Favali et Awa Coulibaly. Il figure dans la programmation du Festival des 3 Continents, qui conserve une notice consacrée au cinéaste.
Cette œuvre constitue un repère important de sa filmographie. Elle inscrit son nom parmi les réalisateurs ivoiriens actifs dans les années 1980, une période durant laquelle plusieurs cinéastes du pays développent des films de fiction et trouvent des espaces de présentation dans les festivals. Pour Touré, le cinéma représente une autre manière de mettre en forme un récit, en mobilisant cette fois les acteurs, les images et le son.3continents+1
Sa formation en études cinématographiques accompagne cette pratique de réalisation. Il aborde donc le film à la fois comme un créateur et comme un objet de recherche. Cette articulation entre travail artistique et réflexion universitaire deviendra également l’une des caractéristiques de son activité d’enseignant.
Destins parallèles et la reconnaissance littéraire
La publication de Destins parallèles, en 1995, marque une étape importante de son parcours d’écrivain. L’année suivante, Kitia Touré bénéficie d’une bourse du Centre national du livre en France. Ses notices biographiques associent également ce roman à une distinction au Prix Noma pour l’édition en Afrique en 1996.
Cette reconnaissance rappelle que sa carrière littéraire possède sa propre importance, indépendamment de ses réalisations audiovisuelles. Kitia Touré n’est pas seulement un cinéaste qui écrit à l’occasion : il développe une œuvre publiée, comprenant plusieurs titres et plusieurs formes d’écriture.
Le rapprochement de ses activités ne doit donc pas effacer leurs différences. Un roman, une pièce de théâtre et un film impliquent des modes de narration distincts. Son parcours tient précisément à sa capacité à investir ces différents espaces, tout en poursuivant une activité universitaire.
Enseigner le cinéma et les nouvelles technologies
Kitia Touré exerce comme enseignant universitaire dans les domaines du cinéma, du multimédia, des nouvelles technologies de l’information et de la communication ainsi que de l’Internet. Son champ d’enseignement dépasse ainsi les seules techniques traditionnelles du film pour intégrer d’autres outils de création et de circulation des contenus.
Cette dimension donne à sa carrière une place particulière dans l’histoire culturelle ivoirienne. À la réalisation des œuvres s’ajoute la formation : il ne s’agit plus seulement de produire un texte ou un film, mais aussi de transmettre des connaissances et de préparer d’autres personnes à travailler avec ces moyens d’expression.fnac+1
Son intérêt pour le multimédia et l’Internet prolonge cette ouverture. La notice qui lui est consacrée le présente comme un universitaire attentif à plusieurs domaines de la communication, sans limiter son enseignement à une seule discipline. La transmission constitue ainsi l’un des fils conducteurs de son itinéraire, entre recherche, création et pédagogie.
Des responsabilités dans les institutions culturelles ivoiriennes
Parallèlement à ses activités artistiques et universitaires, Kitia Touré exerce des fonctions de direction dans le secteur culturel. Il dirige la Compagnie ivoirienne du cinéma et de l’audiovisuel, la CIVCA, puis assure la direction générale par intérim du Centre national des arts et de la culture.
Ces responsabilités ajoutent une dimension institutionnelle à son parcours. L’écrivain et réalisateur intervient aussi dans des structures chargées d’organiser et d’accompagner la vie culturelle. Sa carrière réunit ainsi plusieurs positions habituellement distinguées : celle de l’auteur qui crée une œuvre, celle de l’enseignant qui transmet un savoir et celle du responsable qui participe au fonctionnement d’une institution.
Une place singulière dans le patrimoine culturel ivoirien
Kitia Touré meurt dans la nuit du 18 au 19 décembre 2012, à l’âge de 56 ans. La Bibliothèque nationale de France retient le 18 décembre dans sa notice d’autorité. Il laisse une œuvre répartie entre les livres et les films, ainsi qu’un parcours d’enseignement et de responsabilités culturelles.
Sa place dans le patrimoine ivoirien se comprend à travers cet ensemble. L’Arbre et le Fruit, Chez Tanty, Destins parallèles et Comédie exotique ne relèvent pas du même langage artistique, mais témoignent de la diversité de son travail. Étudier son parcours conduit donc à dépasser les frontières entre littérature et cinéma pour considérer un créateur qui a également fait de la recherche et de l’enseignement des composantes de sa vie professionnelle.



