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Souleymane Koly : le fondateur du Kotéba d’Abidjan qui a fait dialoguer théâtre, musique et télévision

Dramaturge, chorégraphe, musicien et producteur guinéen, Souleymane Koly a fait d’Abidjan l’un des principaux lieux de son aventure artistique. Fondateur de l’Ensemble Kotéba en 1974, puis des Go de Kotéba en 1993, il a développé un théâtre populaire associant le jeu, le chant et la danse. Son activité s’est également prolongée à la télévision avec la création, aux côtés de Dominique Guihot, du personnage de Moussa le Taximan. Mort à Conakry le 1er août 2014, il laisse un héritage qui relie les arts de la scène, la formation des artistes et la création audiovisuelle.

De Nzérékoré aux études de sociologie en France

Souleymane Koly Kourouma naît le 18 août 1944 à Nzérékoré, dans le sud-est de la Guinée. Après un baccalauréat scientifique, il poursuit en France des études de sociologie et de sciences sociales appliquées. Son parcours universitaire s’accompagne d’un engagement dans les arts du spectacle : à Paris, il fonde en 1966 un premier groupe, l’Ensemble Kaloum Tam-Tam.

La création artistique devient ainsi une activité structurante de sa vie avant son installation en Côte d’Ivoire. Danseur, musicien et comédien, Koly travaille avec plusieurs moyens d’expression qu’il réunira ensuite dans ses spectacles. Plutôt que de choisir entre la parole, le mouvement et la musique, il fait de leur association le principe de son travail scénique.

En novembre 1971, il s’installe à Abidjan. La ville devient son point d’ancrage professionnel et artistique pendant une grande partie de sa carrière. Il y exerce notamment les fonctions de directeur du département des arts et traditions populaires à l’Institut national des arts.a

Abidjan, le lieu d’une double carrière

Dans les années 1970, Souleymane Koly mène de front une activité administrative et un travail de création. Après ses responsabilités à l’Institut national des arts, il devient expert chargé d’études à la direction du Plan, où il travaille de 1973 à 1984. Parallèlement, il développe les projets qui feront sa réputation dans le spectacle vivant.

Cette double activité le place au contact de deux dimensions de la vie culturelle : les institutions, avec leurs missions et leur organisation, et la scène, où il faut réunir des artistes, préparer des spectacles et rencontrer un public. La création de sa propre compagnie lui permet de donner une continuité à cette seconde ambition.

En 1974, il fonde l’Ensemble Kotéba d’Abidjan. La troupe devient le cadre principal de son travail et rassemble des comédiens, des danseurs et des musiciens. Koly y intervient comme auteur, metteur en scène et producteur, tout en assurant la direction d’un collectif appelé à se produire en Afrique et à l’étranger.

Le Kotéba, une tradition théâtrale réinventée pour la scène

Le nom de la compagnie renvoie au kotéba, une forme théâtrale traditionnelle originaire du Mali qui associe satire sociopolitique, chant et danse. En bambara, le mot est généralement expliqué par l’association de « koté », l’escargot, et de « ba », qui exprime la grandeur. Souleymane Koly choisit cette référence pour construire un théâtre populaire et accessible.

Son projet ne consiste pas seulement à présenter séparément plusieurs disciplines au cours d’un même spectacle. Le jeu des comédiens, les déplacements des danseurs et la musique participent à une écriture commune. Cette circulation entre les formes devient l’un des traits distinctifs de l’Ensemble Kotéba.

La référence à la satire donne également une orientation au travail de la troupe. Le spectacle populaire peut divertir tout en mettant en scène les comportements et les tensions de la société. Dans cette conception du théâtre, l’accessibilité ne signifie pas l’absence de regard critique : la musique, le rire et le mouvement servent aussi à faire entendre une observation du monde.

Au fil des années, Koly parvient à faire vivre une compagnie d’une trentaine d’artistes. Cette continuité constitue un aspect important de son parcours. Au-delà de la création d’un spectacle, il s’agit de maintenir une équipe, de renouveler les projets et de permettre à plusieurs métiers de travailler ensemble dans la durée.

Les Go de Kotéba, une nouvelle aventure musicale

En 1993, Souleymane Koly lance Les Go de Kotéba, un trio féminin de chanteuses et de danseuses qui se fait connaître en Afrique de l’Ouest. Le groupe prolonge l’activité de la compagnie tout en donnant une place particulière à l’expression musicale.

Cette initiative montre que l’Ensemble Kotéba n’est pas uniquement une troupe destinée à porter les mises en scène de son fondateur. Il devient aussi un cadre à partir duquel d’autres formations peuvent émerger. Koly produit également le Jeune Ballet d’Afrique Noire, connu sous le sigle J-Ban.

La compagnie fonctionne ainsi comme un espace de création et de développement artistique. Les projets peuvent prendre des formes différentes, mais ils conservent un lien avec un même environnement de travail, où se rencontrent le théâtre, la danse et la musique.

Moussa le Taximan, le passage à la télévision

En 1998, Souleymane Koly crée avec Dominique Guihot le personnage de Moussa le Taximan. La série est réalisée par Henri Duparc et Maka Sidibé. Cette répartition des rôles est importante : Koly participe à la conception du personnage, tandis que la réalisation audiovisuelle est assurée par ces deux cinéastes.

Le projet constitue un point de rencontre entre son expérience de la scène et la télévision. Après avoir travaillé à la construction de personnages et de situations pour le spectacle vivant, il contribue à un univers destiné à l’écran. Sa présence dans l’histoire de l’audiovisuel ivoirien tient notamment à ce passage entre les disciplines.

Moussa le Taximan réunit également plusieurs parcours culturels liés à Abidjan. La collaboration entre Koly et Henri Duparc illustre les échanges entre les métiers de la scène et ceux du cinéma : l’auteur et producteur de théâtre apporte sa contribution à un projet que des réalisateurs transforment en série télévisée.

Une carrière entre création et transmission

Souleymane Koly est également reconnu comme l’un des pionniers de la création chorégraphique contemporaine en Afrique. Cette place ne tient pas à une séparation entre la danse et le reste de son œuvre, mais à la manière dont il intègre le mouvement dans une pratique scénique plus large.

Ses activités de directeur de compagnie et de producteur prolongent ce travail artistique. Elles permettent à d’autres interprètes de participer à une aventure collective, puis à de nouvelles formations de se développer. La transmission passe donc aussi par la pratique : travailler ensemble, préparer des spectacles et faire circuler les créations.

Son parcours porte enfin une dimension panafricaine. Guinéen établi durablement en Côte d’Ivoire, formé en France et inspiré notamment par une tradition théâtrale malienne, il construit une œuvre qui ne se limite pas à un seul espace national. Abidjan en constitue toutefois le centre durable, au point d’être inséparable du nom de l’Ensemble Kotéba.

Une disparition à la veille des quarante ans du Kotéba

Souleymane Koly meurt d’une crise cardiaque le 1er août 2014 à son domicile de Lambandji, dans la banlieue de Conakry. Il a 69 ans et s’apprête à célébrer ses soixante-dix ans. Au moment de sa disparition, il prépare également les manifestations marquant les quarante années d’existence de l’Ensemble Kotéba.

Cette échéance résume la durée de son engagement. Depuis la fondation de la troupe en 1974, il a travaillé à faire vivre un collectif, à produire de nouveaux groupes et à prolonger son activité jusqu’à la télévision. Son héritage ne se réduit donc ni à une discipline ni à une œuvre unique : il réside aussi dans une manière d’organiser la création autour des artistes et de leurs collaborations.

Dans l’histoire culturelle ivoirienne, Souleymane Koly occupe ainsi une place de bâtisseur. Avec le Kotéba d’Abidjan, Les Go de Kotéba et sa participation à Moussa le Taximan, il a contribué à relier des univers souvent présentés séparément : le théâtre populaire, la musique, la danse et l’audiovisuel.

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