Alphonse Tiérou (1946 – 2021) : Le Théoricien de la Biomécanique Panafricaine

Si Marie Rose Guiraud a bâti les institutions physiques, Alphonse Tiérou en a rédigé la grammaire théorique. Né le 17 avril 1946 à Dabou et issu d’une lignée de grands chefs traditionnels dépositaires des Masques de Sagesse de l’Ouest africain, ce chercheur, chorégraphe et écrivain a mené un combat intellectuel acharné pour décoloniser le regard occidental porté sur la danse africaine. Historiquement, les expressions corporelles africaines étaient souvent réduites par l’ethnographie coloniale à un folklore spontané, dénué de règles. En 1983, Tiérou bouleverse ce paradigme en créant et en conceptualisant le Dooplé, le tout premier vocabulaire et système de notation scientifique de la gestuelle de la danse africaine.
Dans ses recherches, notamment consignées dans son ouvrage majeur L’Alphabet de la danse africaine, Tiérou définit des mouvements matriciels immuables. Il théorise la posture de base du danseur africain : « l’artiste est debout, genoux fléchis… Le torse est en légère flexion postéro-antérieure », prouvant que cette danse obéit à des lois biomécaniques, mathématiques et esthétiques d’une rigueur absolue. Formé à l’Institut national des Arts d’Abidjan, il devient consultant pour l’UNESCO de 1988 à 1996, et initie en 1995 les premières Rencontres de la Création chorégraphique panafricaine. Il a conçu des expositions d’envergure liant la danse à la statuaire, telles que De la danse à la sculpture au Musée de l’Homme à Paris (2000) et des visites-ateliers au Musée du quai Branly (2007). Jusqu’à son décès à Paris dans la nuit du 10 au 11 août 2021, Alphonse Tiérou, auteur d’une dizaine d’ouvrages (dont Paroles de Masques), a inlassablement milité pour la création d’un diplôme officiel d’État en danse africaine, transformant une tradition millénaire en une science académique incontestable.



