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Nayanka Bell, une voix ivoirienne à la rencontre des mondes

Révélée au début des années 1980 par Iwassado, Nayanka Bell a construit une carrière à la croisée de la chanson ivoirienne, du disco et des musiques caribéennes. Ancienne choriste de l’orchestre de la télévision ivoirienne, elle s’affirme au fil des albums et des collaborations avec Jimmy Hyacinthe, Jacob Desvarieux et Boncana Maïga. Avec Visa, puis Brin de folie, elle élargit son répertoire sans perdre ce qui fait sa singularité : une voix capable de porter aussi bien l’élan d’un morceau dansant que l’intimité d’une chanson d’amour.

Une enfance traversée par plusieurs héritages

De son vrai nom Aka Louise de Marillac, Nayanka Bell est née à Agboville. Ivoirienne par son père, d’ascendance abé et agni, et française par sa mère corse, elle grandit au croisement de plusieurs histoires familiales. Sa grand-mère maternelle, d’origine touarègue, occupe une place particulière dans ses premiers souvenirs musicaux : elle chante et joue du violon traditionnel.

Cette présence familiale constitue un premier lien avec la musique, avant les studios et les scènes. Le souvenir de sa grand-mère restera associé à la découverte d’une expression où la voix et l’instrument se répondent. Sa vocation se précisera ensuite au contact d’un autre environnement, celui des musiciens professionnels de la télévision ivoirienne.

Son parcours artistique ne se résumera pourtant jamais à l’illustration de ses origines. Il se construira par le travail, les rencontres et les choix de répertoire. L’ouverture qui caractérise sa discographie est autant une démarche musicale qu’un héritage personnel.

La télévision ivoirienne, première école du métier

Au début des années 1980, Nayanka Bell rejoint l’orchestre de la Radiodiffusion Télévision ivoirienne comme choriste. Cette expérience lui permet de travailler au sein d’un ensemble professionnel avant de développer une carrière sous son propre nom. Sa prestation attire l’attention et lui ouvre la voie des premiers enregistrements.

Le passage du chœur au premier plan marque une étape décisive. Elle ne doit plus seulement accompagner une voix : il lui faut imposer une présence, donner une couleur aux chansons et construire un univers que le public puisse identifier.

Ses premières productions bénéficient de l’appui de François Konian et du travail de Jimmy Hyacinthe et Jacob Desvarieux aux arrangements. Cette équipe réunit des sensibilités ivoiriennes et caribéennes qui accompagneront durablement son identité musicale.

Iwassado, une chanson fondatrice

Avec Iwassado, Nayanka Bell trouve l’un des titres les plus importants de sa carrière. La chanson contribue au succès de ses premiers enregistrements, où les influences ivoiriennes rencontrent notamment le disco. L’arrangement donne une place à la danse, tandis que l’interprétation installe une personnalité vocale reconnaissable.

Amiyo, également présent dans ce premier répertoire, participe à sa révélation. Ces chansons permettent à la jeune interprète de dépasser le cadre de l’orchestre de télévision et d’entrer dans celui du disque.

Iwassado continuera de l’accompagner bien au-delà de cette période. Le titre apparaît dans les catalogues de Visa, puis dans des compilations telles qu’African Lounge. Ces différentes publications témoignent de sa circulation à travers plusieurs étapes de la discographie de Nayanka Bell.

La chanson devient ainsi un repère, sans résumer toute son œuvre. Elle constitue une première porte d’entrée vers un répertoire qui se diversifiera au fil des collaborations.

Paris, un nouveau cadre de création

L’arrivée à Paris ouvre une autre phase de son parcours. En 1984 paraît If You Came to Go, réalisé avec le concours de Jacob Desvarieux, Boncana Maïga et Georges Décimus. La chanteuse retrouve ainsi certains de ses premiers partenaires tout en élargissant son entourage musical.

Sur ce projet, son attachement à la Côte d’Ivoire demeure présent, notamment à travers l’utilisation moderne d’instruments traditionnels. Djama, chanté en malinké, illustre également la place des langues africaines dans une production ouverte à d’autres sonorités.

Cette démarche évite de placer tradition et modernité dans deux catégories étanches. Les références ivoiriennes ne disparaissent pas lorsque la chanteuse travaille en Europe ; elles entrent dans une autre organisation musicale, nourrie par les échanges entre instrumentistes et arrangeurs.

En 1985, Chogologo, arrangé par Manu Lima, prolonge cette période d’enregistrements. Nayanka Bell développe progressivement une discographie où sa voix demeure le point de continuité, au-delà des changements d’équipe et de couleur sonore.

Visa, l’affirmation d’une artiste

Au début des années 1990, Nayanka Bell retrouve Boncana Maïga pour Visa. Arrangeur et réalisateur du projet, celui-ci accompagne une nouvelle étape de sa carrière. L’album lui apporte en 1994 une reconnaissance qui dépasse le cadre ivoirien.

Cette année-là, elle est distinguée aux Trophées des Lions d’or à Paris comme « plus belle voix féminine d’Afrique ». Visa reçoit également une récompense aux Africa Music Awards. Ces distinctions consacrent le travail d’une artiste qui compte alors plus d’une décennie d’expérience professionnelle.

L’importance de Visa ne tient donc pas seulement aux prix qui l’accompagnent. Le disque confirme que Nayanka Bell ne reste pas enfermée dans le souvenir de ses débuts. Elle peut renouveler son répertoire, retrouver un partenaire artistique et donner une nouvelle visibilité à son interprétation.

Aux côtés d’Iwassado, des titres comme Oukaladado composent l’identité de cet album, devenu l’un des principaux jalons de sa discographie.

Brin de folie, le goût des duos

Au tournant des années 2000, Brin de folie met les rencontres vocales au premier plan. Nayanka Bell y invite notamment Koffi Olomidé pour une interprétation de Je t’aime… moi non plus. Le rapprochement associe deux personnalités issues de parcours différents autour d’une chanson déjà chargée d’une histoire propre.

Le projet accueille également Jocelyne Béroard et les MAM sur Missié, une composition de Nayanka Bell. Jacob Desvarieux intervient, quant à lui, comme compositeur et arrangeur sur Sentiment réel. Ces collaborations prolongent les liens de la chanteuse avec les musiques caribéennes et les artistes de Kassav’.

Le duo n’est pas ici un simple ajout à un répertoire personnel. Il devient une manière d’explorer d’autres rapports entre les voix : se répondre, partager une émotion, trouver un équilibre entre des timbres déjà identifiés par le public.

Brin de folie réunit ainsi plusieurs dimensions de son parcours : l’écriture, l’interprétation et la fidélité à des collaborateurs rencontrés dès les premières années.

Avec Passi, une rencontre avec le rap

En 2003, Nayanka Bell partage Seul à seul avec Passi. Cette collaboration introduit une autre forme de dialogue dans sa discographie, entre la voix chantée et l’univers du rap.

Elle s’inscrit dans une continuité plutôt que dans une rupture. Depuis ses premiers disques, Nayanka Bell travaille avec des artistes qui ne viennent pas tous du même espace musical. La rencontre avec Passi prolonge cette disposition à faire circuler sa voix dans différents cadres de création.

Cette souplesse explique pourquoi il est difficile de réduire son œuvre à une seule étiquette. Le disco des débuts, les références ivoiriennes, les couleurs caribéennes et les collaborations ultérieures forment les étapes d’un parcours dont l’unité repose d’abord sur l’interprète.

Une présence au cinéma

La carrière de Nayanka Bell comprend également une participation au cinéma. Elle figure au générique des Guérisseurs, un long-métrage de 1988, où elle est créditée comme actrice.

Cette expérience reste moins connue que ses chansons, mais elle élargit le portrait d’une artiste dont l’activité ne se limite pas au studio et à la scène musicale. Elle appartient à ces trajectoires où les disciplines peuvent se croiser, même lorsque l’une d’elles demeure nettement dominante.

Dans son cas, la chanson reste le principal lieu de reconnaissance. Le passage au cinéma constitue une autre facette, sans qu’il soit nécessaire d’en faire une seconde carrière de même ampleur.

La transmission avec The Voice Afrique francophone

Annoncée en 2019, son arrivée comme coach dans The Voice Afrique francophone lui donne une nouvelle place à la télévision. Elle y intervient désormais comme une artiste expérimentée appelée à accompagner d’autres interprètes.

Le rapprochement avec ses débuts est éclairant. La télévision avait offert un premier cadre professionnel à la choriste ; plusieurs décennies plus tard, elle accueille une chanteuse reconnue pour son parcours et son expérience. Entre ces deux moments se trouvent les albums, les collaborations et le travail d’interprétation qui ont construit sa légitimité.

Cette fonction de coach prolonge autrement sa présence publique : il ne s’agit plus seulement de présenter une chanson, mais aussi d’écouter une voix en devenir et de contribuer à sa progression.

Une carrière portée par les rencontres, une identité préservée

De ses premiers enregistrements avec Jimmy Hyacinthe et Jacob Desvarieux à Visa avec Boncana Maïga, puis aux duos de Brin de folie, Nayanka Bell a développé sa carrière dans le dialogue avec d’autres musiciens. Ces rencontres n’effacent pas sa personnalité ; elles en révèlent différentes possibilités.

Son parcours occupe ainsi une place dans l’histoire des échanges entre musiques ivoiriennes, africaines et caribéennes. Il montre comment une interprète peut conserver ses attaches tout en élargissant ses formes d’expression.

Iwassado reste un repère majeur de cette histoire, mais l’œuvre ne s’y arrête pas. Visa, Missié, Sentiment réel ou Seul à seul invitent à entendre une artiste au-delà de son premier succès : une voix qui s’est construite dans la durée, par le travail et par la rencontre.

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