Armand Boua (Né en 1978)

Né à Abidjan, Armand Boua explore les marges sombres et invisibilisées de la société urbaine avec une technique d’une puissance mémorielle et matérielle bouleversante. Diplômé de l’École Nationale des Beaux-Arts d’Abidjan et du Centre Technique des Arts Appliqués (CTAA) de Bingerville, Boua braque son regard, dépourvu de tout misérabilisme, sur les oubliés de la croissance économique fulgurante de la ville : les enfants des rues, les migrants ruraux, et plus particulièrement les Manawas (les travailleurs journaliers précaires des chantiers de construction urbains).
Pour traduire cette précarité et cet effacement social, Boua a inventé un processus pictural de sédimentation et de destruction. Il utilise principalement des cartons de récupération qu’il recouvre d’acrylique et de couches épaisses de goudron noir, avant de brosser, gratter, laver et déchirer violemment la surface. Les figures humaines, souvent dénuées de visages précis, émergent de ces arrachements successifs (les espaces négatifs) tels des fantômes ou des apparitions fugaces gravées dans les murs décrépits de la métropole. Ses œuvres, sollicitées par des galeries prestigieuses (OOA Gallery, Jack Bell, Cécile Fakhoury) et présentes aux Biennales de Dakar (2010, 2022) ainsi qu’au Pavillon de la Côte d’Ivoire à la Biennale de Venise en 2022, posent une critique féroce et poignante de l’invisibilisation de l’humain face à l’urbanisation sauvage.



