Les Tueuses du Mapouka : Le Séisme Viral et la Censure

L’histoire de la danse ivoirienne serait expurgée d’un chapitre fondamental sans l’évocation de l’impact sociologique fracassant des Tueuses du Mapouka. Composé à l’origine de Nadège (la mystique/lead vocal), Victorine, Ange (la folle) et Julie, ce groupe exclusivement féminin explose sur la scène abidjanaise en 1998. À l’origine, le Mapouka est une danse traditionnelle respectée des peuples côtiers, particulièrement les Ahizi (région de Dabou), qui met en valeur l’agilité du bassin et des fessiers.
Les Tueuses s’emparent de cette tradition, l’hybrident avec les rythmes modernes (sortant l’album Ahou en 1999) et l’hyper-sexualisent pour dominer les maquis et la télévision. Le phénomène devient mondial (récupéré jusqu’aux États-Unis dans l’industrie du hip-hop), mais il déclenche une controverse morale d’une violence inouïe en Côte d’Ivoire, conduisant les autorités étatiques à censurer la diffusion de la danse à la télévision publique. Ce groupe a cristallisé le conflit entre la préservation d’un patrimoine et sa marchandisation érotisée. Ayant par la suite quitté la scène pour mener des vies de mères de famille à Milan ou Paris, Les Tueuses ont prouvé de manière indélébile le pouvoir de viralité et de subversion de la danse ivoirienne.



