Hyacinthe Hounsou : le réalisateur de Djagassa qui utilise le thriller pour dénoncer l’exploitation des enfants

Réalisateur et producteur établi en Côte d’Ivoire, Hyacinthe Hounsou s’est fait connaître avec la série politico-policière Aphasie, puis avec le long métrage Jusqu’au bout. En 2021, il signe Djagassa, un thriller situé dans l’univers de l’orpaillage clandestin. Récompensé au Festilag, puis par le NISA d’or en 2022, le film place le combat contre l’exploitation des enfants au cœur d’un récit d’enquête et de survie. À travers ces œuvres, le cinéaste associe les ressorts du suspense à des sujets sociaux et politiques.
Une formation construite dans la pratique
Né en 1980, Hyacinthe Hounsou Yao grandit à Akoupé, dans le sud de la Côte d’Ivoire, où il effectue ses études secondaires. Son apprentissage du cinéma se construit au fil des expériences professionnelles, plutôt qu’à travers un parcours unique dans une école spécialisée.
Il débute dans le montage, travaille ensuite comme assistant réalisateur, puis se tourne vers la réalisation pour le cinéma et la télévision. Cette progression lui permet d’aborder plusieurs étapes de la fabrication audiovisuelle : organiser des images, participer à la préparation d’un tournage, puis diriger lui-même une équipe.
Son expérience comprend également la direction d’une télévision privée et du service audiovisuel de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire. Ces responsabilités élargissent son activité au-delà des seules œuvres de fiction.
À la tête de sa société de production, Prodim, il développe ensuite des documentaires et des projets de fiction. La création de cette structure lui permet de réunir ses activités de réalisateur et de producteur, deux fonctions qui resteront étroitement associées dans son parcours.
Aphasie, une série politique et policière
Avec Aphasie, Hyacinthe Hounsou aborde la fiction sérielle dans un registre politique et policier. Le projet lui apporte une première reconnaissance importante, avant les longs métrages qui feront davantage connaître son nom.
Sa notice professionnelle sur OuiCoprod présente cette série comme un tournant de carrière et mentionne plusieurs récompenses obtenues au FESPACO en 2017, notamment pour la réalisation et la mise en scène.
Le choix du genre policier donne une orientation à son travail. L’enquête, les conflits de pouvoir et les situations de menace offrent un cadre narratif dans lequel il peut développer des sujets qui dépassent le seul divertissement.
Cette expérience prépare aussi la suite de son parcours. Le réalisateur travaille sur des récits qui nécessitent de maintenir une tension, de distribuer progressivement les informations et de construire des personnages engagés dans des rapports de force.
Jusqu’au bout, élargir la circulation des films
En 2019, Hyacinthe Hounsou réalise Jusqu’au bout. Le film est sélectionné dans plus d’une dizaine de festivals, parmi lesquels le Festival du cinéma africain de Louxor et le Pan African Film Festival de Los Angeles.
Cette circulation constitue une nouvelle étape. Après la reconnaissance obtenue avec Aphasie, son travail trouve des espaces de présentation dans plusieurs pays et auprès de publics différents.
Le titre s’inscrit également dans la continuité d’une filmographie centrée sur des personnages confrontés à l’épreuve. Hounsou poursuit son activité dans la fiction, tout en développant les moyens de production nécessaires à un projet plus ambitieux : Djagassa.
Djagassa, un adolescent dans l’univers de l’orpaillage clandestin
Achevé en 2021, Djagassa suit Bendji, un adolescent de quinze ans entraîné dans une affaire criminelle liée à l’exploitation de l’or. Sa mère est accusée du meurtre d’un puissant homme d’affaires à la tête d’un empire minier. Pour la disculper, il se lance à la recherche d’un témoin essentiel.
Cette recherche le conduit dans un milieu où se croisent exploitation clandestine, violences et groupes armés. Le parcours du jeune personnage expose les dangers d’un univers dans lequel la recherche du profit s’accompagne de graves atteintes aux droits humains.
Le récit associe ainsi deux niveaux. L’objectif immédiat de Bendji est personnel : sauver sa mère. Mais son enquête révèle un système plus large, où des enfants peuvent devenir une main-d’œuvre vulnérable et subir des violences.
Le thriller permet au réalisateur de faire découvrir cet environnement à travers une action et des obstacles. Le spectateur avance avec un personnage qui cherche une preuve, affronte des menaces et tente de sortir d’une situation qui le dépasse.
Dénoncer le travail et les violences imposés aux mineurs
Hyacinthe Hounsou présente Djagassa comme une contribution au combat pour les droits des enfants. Lors de la promotion du film, il évoque notamment le travail forcé et les violences sexuelles dans les zones d’orpaillage clandestin.
Son intention est de rendre ces réalités visibles à travers la fiction. Le film ne se limite pas à exposer un problème dans un discours : il construit une trajectoire individuelle permettant de mesurer les conséquences de la violence sur un adolescent et son entourage.
Cette approche donne au récit une dimension de sensibilisation. L’enjeu est d’attirer l’attention sur des pratiques qui peuvent rester éloignées du quotidien d’une partie des spectateurs, tout en maintenant leur intérêt par une intrigue.
Le cinéaste cherche ainsi à faire se rencontrer l’ambition narrative et la prise de position. L’enquête de Bendji constitue le moteur du film ; la dénonciation de l’exploitation des mineurs en est l’une des préoccupations centrales.
Un tournage entre la région de la Mé et Abidjan
Le tournage de Djagassa se déroule du 7 octobre au 6 décembre 2020, notamment dans la région de la Mé et à Abidjan. Le budget annoncé lors de sa présentation est de 225 millions de francs CFA.
Ce montant donne une indication de l’ampleur du projet. Le film nécessite de mettre en scène plusieurs lieux et des situations d’action, tout en donnant une continuité au parcours de son jeune protagoniste.
La distribution réunit notamment Michel Bohiri, Aurélie Eliam, Bienvenu Néba, Stéphane Zabavy, Dosso Tikoumba et Jemy Paul. Le réalisateur s’appuie donc sur des interprètes déjà présents dans le paysage audiovisuel ivoirien.
Cette équipe inscrit Djagassa dans une production collective. Si Hyacinthe Hounsou en porte la réalisation et l’ambition, le résultat repose aussi sur le travail des comédiens et des techniciens mobilisés pendant la préparation et le tournage.
Du Festilag aux salles africaines
En novembre 2021, Djagassa est récompensé au Festival international du film des lacs et lagunes d’Abidjan, le Festilag. Cette distinction accompagne les premières étapes de sa rencontre avec le public.
À partir de janvier 2022, le film circule dans plusieurs salles du réseau CanalOlympia. Il est notamment présenté au Congo, au Burkina Faso, au Bénin, au Cameroun, au Togo, en Guinée, au Niger et au Sénégal.
Cette exploitation élargit la portée du projet. Le sujet est ancré dans un environnement ivoirien, mais les questions soulevées par le film concernent aussi d’autres sociétés confrontées à l’exploitation clandestine des ressources et à la vulnérabilité des enfants.
La circulation en salles permet ainsi à Hounsou de porter son récit au-delà du cadre national, dans un espace où les productions africaines cherchent à développer leur public.
Le NISA d’or en 2022
La reconnaissance se confirme lors des NISA de 2022. Djagassa remporte le NISA d’or, la distinction majeure de la Nuit ivoirienne du septième art et de l’audiovisuel.
Hyacinthe Hounsou reçoit également le prix du meilleur réalisateur et le prix CPACI du meilleur producteur. Le scénario du film est lui aussi distingué.
Ce palmarès récompense plusieurs dimensions du projet : sa conception, sa conduite artistique et sa fabrication. Pour le cinéaste, il constitue un jalon après les expériences d’Aphasie et de Jusqu’au bout.
Le succès de Djagassa donne surtout une visibilité accrue à une démarche qui associe récit de genre et question sociale. Il montre qu’un thriller peut être reconnu pour son efficacité narrative tout en portant une préoccupation humanitaire explicite.
Un cinéma qui fait du suspense un moyen d’interpellation
Le parcours de Hyacinthe Hounsou se construit dans la continuité des métiers qu’il a exercés : monteur, assistant, réalisateur et producteur. Cette expérience lui permet de participer à plusieurs étapes de ses projets, depuis leur préparation jusqu’à leur présentation au public.
Avec Aphasie, il travaille les rapports entre politique et enquête. Avec Djagassa, il utilise la recherche d’un témoin et le parcours d’un adolescent pour attirer l’attention sur l’exploitation des enfants.
Sa contribution au cinéma ivoirien se situe dans cette association. Le suspense n’est pas seulement une manière de retenir le spectateur : il devient un outil pour l’entraîner dans des réalités sociales que le réalisateur souhaite mettre en discussion.



