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Youssouf Bath (Né en 1949)

Surnommé avec respect et crainte « Le Sorcier Vohou », Youssouf Bath, né à Tabou en 1949, incarne l’essence même, intellectuelle et matérielle, de cette révolte esthétique. Face à la pénurie chronique de matériel académique distribué par l’école dans les années 1970 et au refus idéologique de se soumettre aux diktats de la peinture occidentale, Bath théorise et radicalise l’utilisation de matériaux locaux. Il substitue la traditionnelle toile de lin par des écorces d’arbre battues (le tapa) ou des toiles de jute récupérées, et remplace la peinture industrielle par des décoctions complexes de plantes, du marc de café, du charbon, du sable, du plastique fondu et des pigments naturels.

L’art de Bath est profondément ancré dans le mysticisme africain, le sacré et les rituels initiatiques. Ses œuvres phares, telles que La mère fileuse (1989-1990) ou La danse sacrée des masques, opèrent comme des espaces de communion tactile entre le monde des vivants et les esprits des ancêtres, rythmant la composition de couleurs ocres, brunes et noires qui rappellent la chaleur de la terre. En 1985, le mouvement acquiert définitivement ses lettres de noblesse lors d’une exposition historique au Centre Culturel Français d’Abidjan, accompagnée de la publication d’un manifeste retentissant, propulsant Bath sur la scène internationale. Il figure alors aux côtés d’artistes majeurs du continent, exposant au Centre Pompidou en 1988 et au prestigieux Studio Museum de Harlem à New York en 1990. Tout en enseignant les arts plastiques au lycée moderne de Dabou, Youssouf Bath a administré la preuve irréfutable que la modernité africaine devait s’écrire avec sa propre syntaxe matérielle.

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