Meiway : de Grand-Bassam aux scènes internationales, le créateur du zoblazo

Chanteur, auteur-compositeur et musicien ivoirien, Meiway a construit son identité artistique autour du zoblazo, un style qui associe les rythmes du sud de la Côte d’Ivoire à une orchestration moderne. Révélé par Ayibebou en 1989, puis consacré avec 200% Zoblazo en 1991, il a fait du mouchoir blanc l’un des symboles de ses concerts. Derrière le personnage spectaculaire et le surnom de « Professeur Awolowo » se trouve un parcours commencé dans les chorales, poursuivi dans les orchestres de bals et développé grâce à une volonté constante de créer une musique reconnaissable.
À Grand-Bassam, la musique dans la vie familiale
Frédéric Désiré Ehui naît le 17 mars 1962 à Grand-Bassam, sur le littoral ivoirien. La musique est présente dans son environnement familial : son père, employé dans une entreprise locale, joue de l’accordéon en amateur, tandis que sa mère chante dans sa paroisse catholique. Tous deux participent également à des groupes locaux.
Le jeune Frédéric découvre donc la pratique musicale avant d’envisager une carrière professionnelle. Vers l’âge de neuf ans, il commence à chanter à l’église. Il poursuit cette activité jusqu’à l’adolescence, développant sa voix et son expérience du chant collectif.
Cette formation au sein des chorales constitue un premier apprentissage. Elle lui donne le sens de l’écoute et de la place à tenir dans un ensemble. Mais son intérêt se porte également vers les groupes qui se produisent dans les fêtes et les lieux de divertissement.
Grand-Bassam lui offre ainsi plusieurs univers musicaux : les pratiques religieuses, les expressions culturelles de son milieu n’zema et les répertoires populaires diffusés dans les orchestres.
Les premiers groupes, une école de la scène
Adolescent, Frédéric Ehui rejoint le groupe Pace. L’expérience lui permet de se confronter à un public différent de celui de l’église et de découvrir les exigences des prestations populaires.
Il crée ensuite sa propre formation, Les Génitaux, également appelée Les Génitos. Le groupe, composé de huit membres, remporte le concours Podium en 1981.
Cette distinction ouvre une période de déplacements et de représentations. Les musiciens se produisent dans des bals, des concerts et des fêtes à travers la Côte d’Ivoire. Pour Meiway, ces années constituent une école du spectacle : il faut maintenir l’attention du public, organiser un répertoire et travailler dans des conditions variables.
Le futur créateur du zoblazo apprend donc son métier dans la durée. Sa notoriété discographique sera précédée de nombreuses prestations, au contact direct des spectateurs.
Paris, les petits emplois et le financement d’un premier disque
En 1985, Meiway part en France pour approfondir ses connaissances musicales et tenter d’élargir ses possibilités professionnelles. À Paris, il monte Défense d’Ivoire, un groupe réunissant des musiciens africains, algériens et français.
La formation obtient une récompense au club L’Excalibur et commence à se produire dans la capitale. Cette activité ne suffit toutefois pas à assurer ses revenus.
Meiway travaille dans une station-service, dont il devient ensuite gérant. Il économise et obtient un prêt bancaire afin de financer son premier album.
Cette étape donne une dimension particulière à ses débuts discographiques. Ayibebou ne résulte pas seulement d’une rencontre avec un producteur : le chanteur engage ses propres ressources pour faire exister le projet. Le travail alimentaire et la carrière artistique avancent alors ensemble.
Ayibebou, le succès qui change sa carrière
Publié en 1989, Ayibebou rencontre rapidement un public en Afrique francophone. Le disque permet à Meiway de revenir en Côte d’Ivoire avec une reconnaissance nouvelle.
Accompagné de son groupe, le Zo Gang, il se produit dans son pays ainsi qu’au Bénin, au Burkina Faso, au Ghana et au Togo. En 1990, il reçoit une récompense de meilleur chanteur de Côte d’Ivoire.
Le premier album contient déjà les éléments du style qu’il va préciser dans ses productions suivantes. Meiway ne cherche pas uniquement à s’inscrire dans un courant existant : il veut créer une musique associée à son nom, à ses références culturelles et à sa manière d’occuper la scène.
Le succès d’Ayibebou lui donne les moyens de poursuivre cette recherche. Deux ans plus tard, 200% Zoblazo en affirme plus nettement les contours.
Le zoblazo, une synthèse de plusieurs héritages
Le zoblazo puise dans différents répertoires du sud de la Côte d’Ivoire. Meiway s’appuie sur ses origines n’zema, également désignées sous le nom d’Appolo, mais emprunte aussi à d’autres expressions ivoiriennes et aux traditions de pays voisins, notamment du Ghana.
Dans cette synthèse se retrouvent des éléments de fanfare, de grolo, de sidder et d’abodan. Les percussions occupent une place importante, au sein d’un ensemble habillé de sonorités modernes.
Le projet ne consiste donc pas à reproduire une tradition unique. Meiway rassemble, transforme et organise plusieurs ressources afin de construire un langage personnel.
Cette démarche inscrit son travail dans une histoire de la musique ivoirienne où les créateurs cherchent à faire évoluer les rythmes locaux sans les effacer. Après d’autres générations d’innovateurs, il propose sa propre réponse à la question d’une modernité musicale ancrée dans le pays.
200% Zoblazo, l’affirmation d’une identité
En 1991, 200% Zoblazo donne une forme décisive au style. L’album installe Meiway parmi les grandes figures de la musique ivoirienne et élargit son audience à l’Europe et au Canada.
Le titre devient également une signature. Le nom du genre apparaît directement dans celui du disque, comme une déclaration artistique : le chanteur ne présente plus seulement une collection de chansons, mais un univers.
Cette identité possède aussi une traduction visuelle. Le zoblazo se danse avec un mouchoir blanc, présenté comme un symbole de joie et de pureté.
L’accessoire transforme la relation avec le public. Dans les concerts, les spectateurs peuvent reprendre un geste commun et participer au spectacle. La musique dispose ainsi d’un signe immédiatement reconnaissable, qui contribue à sa circulation au-delà des enregistrements.
Les pourcentages, une manière de raconter la progression
Après 200% Zoblazo, Meiway poursuit son travail avec une succession d’albums dont plusieurs titres reprennent cette logique de pourcentage. Jamais 203, associé au « 300% Zoblazo », puis Appolo 95 prolongent l’univers installé au début des années 1990.
Ce principe contribue à la continuité de son image. Chaque nouveau disque annonce un degré supplémentaire, une relance ou une intensification.
Derrière cette présentation, le défi artistique reste celui du renouvellement. Il faut conserver les éléments qui permettent d’identifier le zoblazo tout en proposant d’autres arrangements, d’autres chansons et de nouvelles collaborations.
La numérotation devient ainsi un outil de reconnaissance, mais aussi une façon de mettre en scène la progression d’une carrière.
Le Zo Gang, un partenaire essentiel du spectacle
Le groupe qui accompagne Meiway, connu sous le nom de Zo Gang puis de Zo Gang International, occupe une place importante dans son parcours.
La scène repose sur une organisation collective. Le chanteur est au centre de l’attention, mais les instrumentistes participent à l’énergie, au rythme et à la cohérence du concert.
Les années de bals et de tournées se prolongent dans cette exigence de prestation. Le succès des disques doit pouvoir se traduire devant un public, avec une présence et une qualité d’exécution capables de soutenir la réputation de l’artiste.
Cette dimension distingue le parcours de Meiway d’une carrière construite uniquement autour des enregistrements. Le spectacle vivant demeure l’un des principaux lieux d’expression du zoblazo.
Extraterrestre, ouvrir encore les collaborations
Avec Extraterrestre, présenté à l’automne 2000, Meiway célèbre à sa manière une décennie de carrière discographique. Le projet réunit notamment Manu Dibango et Jacob Desvarieux, figure majeure de Kassav’.
L’album intègre également une couleur latino, avec la participation de musiciens cubains aux cordes et aux cuivres. Le zoblazo continue donc de se développer par la rencontre avec d’autres univers.
Cette ouverture ne signifie pas l’abandon de son identité. Elle repose au contraire sur un socle suffisamment établi pour accueillir de nouvelles influences.
Meiway montre ainsi qu’un style présenté comme personnel n’a pas besoin de rester fermé. Son évolution passe par les échanges, les collaborations et la capacité à réorganiser des matériaux différents autour d’une même signature.
Un créateur inscrit dans la durée
La discographie de Meiway se poursuit avec des projets comme Golgotha, 9e Commandement, M20, Professeur et Illimitic. Ces titres accompagnent une carrière qui dépasse largement le succès initial d’Ayibebou et de 200% Zoblazo.
Cette durée constitue l’un des aspects importants de son parcours. Inventer un style représente une première étape ; continuer à le faire vivre, à le défendre en concert et à l’ouvrir à de nouvelles propositions en constitue une autre.
Meiway appartient ainsi à la génération qui a consolidé la présence internationale de la musique ivoirienne à partir de la fin des années 1980 et du début des années 1990.
Une place dans l’histoire musicale ivoirienne
Meiway n’est pas un pionnier des premiers orchestres de l’indépendance. Son apport se situe dans une autre séquence : celle de la création d’un style personnel capable de circuler à grande échelle.
De Grand-Bassam à Paris, des chorales au Zo Gang, son parcours relie les apprentissages locaux, les difficultés matérielles des débuts et la construction d’une carrière internationale.
Le zoblazo résume cette trajectoire. Né d’un brassage de traditions et d’instruments modernes, il a trouvé une identité sonore, une danse et un symbole. Avec son mouchoir blanc, Meiway a donné au public une manière de reconnaître sa musique, mais aussi de prendre part à son spectacle.



