Ernest Dükü (Né en 1958)

Né en 1958 à Bouaké, partageant aujourd’hui son existence et sa production entre Abidjan et Paris, Ernest Dükü (opérant également sous le nom d’Akiineh) mène une recherche plastique d’une rare densité intellectuelle. Architecte DPLG de formation, diplômé de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris (où il poursuit ses études supérieures à partir de 1982) et initié à l’esthétique et aux sciences de l’art à Panthéon-Sorbonne, Dükü appréhende la surface de création avec la rigueur d’un bâtisseur et l’intuition d’un philosophe.
Dükü délaisse rapidement l’abstraction pure pour se consacrer à la toile — ou plus précisément au papier intensément froissé et vieilli qu’il affectionne particulièrement — comme un palimpseste. Son œuvre déconstruit la mémoire post-coloniale et explore les vertiges du syncrétisme religieux. Imprégné dès la petite enfance par l’apprentissage des symboles Akan auprès de sa mère et profondément influencé par les écrits du sociologue ivoirien G. Niangoran Bouah (le « maître des idéogrammes »), Dükü fait dialoguer ces signes endogènes avec des symboliques égyptiennes, éthiopiennes, maçonniques, islamiques, juives et chrétiennes. Ses formules cryptiques récurrentes (comme l’équation « 1+1=3 ») témoignent d’une philosophie où la rencontre dialectique des cultures engendre une troisième dimension, inédite, pacifiée et mystique. À travers des séries telles qu’Akiineh et des œuvres aux titres polysémiques (les mots-valises comme La transhumance awalé), il invite le spectateur à affronter visuellement « les non-dits qui encombrent nos mémoires ».



