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Michel Kodjo (1935 – 2021)

Considéré à juste titre comme le patriarche et le père fondateur de la peinture contemporaine ivoirienne, Michel Kodjo a façonné la modernité picturale du pays. Né en 1935 à Soumié-Bia (dans la région d’Aboisso) et apparenté à Amon Adingra, roi du Sanwi de l’époque, son parcours illustre la transition historique entre l’artisanat utilitaire et l’émergence des beaux-arts en Afrique de l’Ouest. Après avoir suivi un cursus primaire entre Aboisso et Abidjan de 1945 à 1950, il s’oriente vers des études techniques à l’École de Menuiserie de Treichville (1950-1952), avant de se tourner vers la peinture de manière purement autodidacte. Il intègre le Service de l’Information en 1954, posant les premiers jalons de sa carrière professionnelle.

L’acte fondateur de sa carrière — et par extension de la peinture ivoirienne moderne — survient en 1957. À seulement 22 ans, il réalise un geste politique et culturel sans précédent en devenant le premier peintre ivoirien à présenter une exposition individuelle à l’Hôtel de Ville d’Abidjan, trois ans avant la proclamation de l’indépendance de la Côte d’Ivoire. L’œuvre de Kodjo se caractérise par une palette chromatique extrêmement vibrante, profondément empreinte de mysticisme et d’une méditation sur les spiritualités africaines traditionnelles. Lauréat du Premier Prix de Dessin et de Décoration de la Ville de Nice en 1964, il ressent le besoin de consolider sa technique et intègre l’École des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand en France. Il y obtient, entre 1968 et 1970, son diplôme de graveur et un Certificat d’Aptitude à une Formation Artistique Supérieure (CAFAS).

De retour sur sa terre natale, il s’installe dans la ville historique de Grand-Bassam et consacre une grande partie de sa vie à la transmission, devenant professeur de dessin au lycée Moderne de la ville, formant ainsi l’esprit créatif des générations suivantes. Son atelier, décrit comme un véritable sanctuaire regorgeant de masques d’une beauté mystique issus de toute l’Afrique, témoignait de sa quête inlassable de syncrétisme. Jusqu’à son décès dans la nuit du 23 au 24 mars 2021 à la suite d’un malaise, Michel Kodjo a continué d’inspirer le respect, ses œuvres figurant dans des expositions muséales majeures, de Paris à New York, laissant le monde de l’art ivoirien orphelin de son arbre tutélaire.

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