Alain Guikou : le créateur de Brouteur.com qui a fait de la cybercriminalité un sujet de fiction

Réalisateur, scénariste et producteur ivoirien, Alain Guikou a construit sa carrière en passant du montage vidéo à la réalisation de séries et de longs métrages. Après Signature, sa première série télévisée, il développe Brouteur.com, une fiction policière consacrée aux escroqueries sur Internet et aux enquêtes menées entre Abidjan et Marseille. Également réalisateur d’Et si Dieu n’existait pas ?, il participe à l’essor d’une production ivoirienne qui diversifie ses sujets, ses formats et ses collaborations.
Le montage vidéo comme porte d’entrée dans l’audiovisuel
Originaire d’Abidjan, Alain Guikou s’intéresse au cinéma dès l’enfance. Son parcours professionnel ne commence toutefois pas dans une école spécialisée. Autodidacte, il exerce différents petits métiers avant de réunir les moyens nécessaires pour se rapprocher de l’audiovisuel.
En 1997, il ouvre un studio de montage vidéo. Cette activité constitue sa première implantation professionnelle dans le secteur. Le montage lui permet d’aborder la fabrication d’un récit à partir des images : sélectionner les prises, organiser les séquences et construire une continuité.
Parallèlement, il s’intéresse au développement d’Internet en Côte d’Ivoire. En 2000, il exerce une responsabilité de vice-président au sein d’une organisation nationale de cybercafés. Cette expérience le place au contact d’un environnement numérique qui prendra, quelques années plus tard, une place centrale dans sa fiction la plus connue.
Son itinéraire associe ainsi, dès ses débuts, les techniques de l’image et les nouveaux usages de la communication. Avant de réaliser une série sur les escroqueries en ligne, il connaît déjà le monde des ordinateurs connectés et des lieux où le public découvre Internet.
Des premiers films à la production publicitaire
En 2002, Alain Guikou réalise un premier documentaire intitulé Serial Killer. Il poursuit en 2004 avec La Chute, un court métrage de fiction. Ces projets marquent son passage du travail technique à la direction de ses propres réalisations.
La même année, il rejoint la régie de production Pubcom comme responsable de la production. Il y participe à la réalisation de spots destinés à la télévision et à la radio. Ce travail lui permet d’exercer dans un cadre où les contraintes de durée, de commande et de préparation occupent une place importante.
Le documentaire, le court métrage et la publicité constituent donc plusieurs étapes de son apprentissage. Ils lui offrent des occasions de travailler avec des équipes et de conduire des projets avant de s’engager dans la fabrication d’une série télévisée.
Signature, la première expérience de série longue
Entre 2006 et 2010, Alain Guikou développe Signature, sa première série télévisée. Il en assure l’écriture et la réalisation, et participe à sa production avec Marie Fleur Regina Bidi.
Le projet représente un changement d’échelle. Une série impose de faire évoluer des personnages sur plusieurs épisodes, de maintenir la continuité des intrigues et d’organiser un travail de tournage régulier. Elle nécessite aussi de réunir durablement des moyens techniques, financiers et humains.
Signature constitue également un lieu de rencontre avec des interprètes que Guikou retrouvera ensuite dans son environnement professionnel. Franck Vléhi et Kadhy Touré figurent notamment parmi les acteurs associés à la série.
Ce premier travail sériel ouvre la voie à Brouteur.com. Guikou y conserve le format télévisuel, mais choisit un sujet directement lié aux transformations des usages numériques et aux nouvelles formes de délinquance.
Brouteur.com, raconter les escroqueries sur Internet
En 2011, Alain Guikou réalise la première saison de Brouteur.com. Le titre reprend le mot « brouteur », employé en Côte d’Ivoire pour désigner une personne qui utilise Internet afin d’escroquer ses victimes.
La série suit notamment Géraud, un spécialiste des arnaques en ligne. Incarcéré, il accepte d’aider les autorités en échange de sa liberté. Ce point de départ place un personnage issu du monde criminel au cœur d’un dispositif d’enquête : les policiers ont besoin de ses connaissances pour comprendre les pratiques qu’ils cherchent à combattre.
Le choix de la cybercriminalité donne à la série un sujet à la fois local et transnational. Les escroqueries peuvent être préparées dans un pays et toucher des victimes dans un autre. L’enquête oblige donc à dépasser le seul cadre d’Abidjan et à mettre en relation plusieurs services de police.
Avec ce projet, Guikou aborde un phénomène social à travers les ressorts du récit policier. L’intrigue repose sur les investigations, les manipulations et les rapports entre enquêteurs et suspects, tout en montrant les usages frauduleux d’un outil devenu quotidien.
Une collaboration entre Abidjan et Marseille
La troisième saison de Brouteur.com développe une collaboration entre la police judiciaire de Marseille et celle d’Abidjan. Les enquêteurs cherchent à résoudre des affaires d’escroquerie dont le responsable, surnommé « Fantôme », serait installé en Côte d’Ivoire.
Cette saison est produite par la société ivoirienne Akwaba Films et la société française SKY Prod. L’organisation de la production rejoint ainsi la géographie du récit : le projet associe des partenaires des deux pays entre lesquels se déroule l’enquête.
Écrite et réalisée par Alain Guikou, la saison comprend vingt-six épisodes de vingt-six minutes. Sa diffusion débute le 6 novembre 2017 sur TV5MONDE Afrique, avec une présence également prévue sur l’offre numérique de la chaîne.
Ce dispositif donne à la série une circulation au-delà du public ivoirien. TV5MONDE souligne également sa dimension de sensibilisation aux dérives d’Internet. Le divertissement policier devient un moyen d’aborder des pratiques dont les conséquences concernent des publics situés dans plusieurs pays.
Et si Dieu n’existait pas ?, le passage au long métrage
Parallèlement à Brouteur.com, Alain Guikou travaille au cinéma. En 2012, il réalise Et si Dieu n’existait pas ?, un projet porté avec Guy Kalou et son épouse, Victoire Kalou.
Cette collaboration doit être distinguée selon les responsabilités de chacun : Guy Kalou participe au projet comme acteur et producteur, tandis que Guikou en assure la réalisation. Le film prolonge son travail de fiction dans un autre format que celui de la série.
Il réalise également Et si Dieu n’existait pas ? 2. Ces longs métrages élargissent son parcours à des récits où les interrogations morales et religieuses prennent davantage de place.
Son activité ne se réduit donc pas au polar numérique. Même si Brouteur.com demeure le titre le plus immédiatement associé à son nom, il travaille sur plusieurs types d’histoires et poursuit des collaborations avec d’autres figures de la production ivoirienne.
Diversifier les projets et les formats
Au cours des années 2010, Alain Guikou réalise ou participe à des productions comme Le Grenier, Denrée rare, Sortie de l’ombre et Les Coups de la vie. Ces projets témoignent d’une activité répartie entre plusieurs univers de fiction.
En 2024, il réalise Casting pour maman, une série coproduite par Akwaba Film et TV d’Orange, puis diffusée sur Life TV. Ce projet ajoute de nouveaux partenaires à une carrière déjà construite dans la relation entre sociétés de production et chaînes de télévision.
Cette continuité est importante pour comprendre sa place dans le secteur. Il ne s’agit pas uniquement de signer une œuvre remarquée, mais de poursuivre une activité de réalisation à travers différents cadres de financement, de production et de diffusion.
Une carrière au croisement de la technique et du récit
Le parcours d’Alain Guikou relie plusieurs étapes de la transformation audiovisuelle ivoirienne : le studio de montage, les premières activités liées à Internet, la publicité, la série longue et les coproductions internationales.
Avec Brouteur.com, il a donné une forme fictionnelle à un phénomène qui dépasse les frontières nationales. Avec ses autres réalisations, il a poursuivi un travail dans des genres différents, en collaborant avec des acteurs, des producteurs et des diffuseurs ivoiriens et étrangers.
Sa contribution tient à cette articulation entre savoir-faire technique et construction de récits. Entré dans l’audiovisuel par le montage, Alain Guikou a progressivement élargi ses responsabilités pour devenir l’un des artisans de la diversification des séries ivoiriennes.



