Monné Bou (1946 – 2021) : Le Sorcier de la Technique du Jet

Surnommé avec une profonde révérence « le sorcier de la peinture ivoirienne », Monné Bou (né un 1er janvier dans les années 1940 à Anyama, et décédé en novembre 2021) est incontestablement l’un des plus grands virtuoses de la peinture figurative et abstraite de sa génération. Formé à l’École des Beaux-Arts d’Abidjan dès 1967 où il côtoie d’autres grands noms comme Paul Dagri, il s’envole par la suite pour la France pour parfaire sa technique à l’École d’art et d’architecture de Luminy à Marseille. C’est au sein de cette institution phocéenne, sous le regard admiratif de son professeur Jacques Busse, qu’il conceptualise et donne naissance, en 1973, à sa légendaire « technique du jet ».
Fidèle au chevalet et refusant catégoriquement les méthodes de collage ou d’assemblage de matériaux recyclés prônées par certains de ses contemporains, Monné Bou instaure une distance physique de cinquante centimètres à trois mètres entre lui et sa toile. À l’instar d’une performance chorégraphique proche de l’expressionnisme abstrait, mais subordonnée à une volonté figurative stricte, il prépare ses propres liants fluides et projette l’encre de Chine et l’acrylique avec une gestuelle théâtrale, sans jamais que son pinceau ne touche le support. De cette transe naissent des milliers de gouttelettes et de traits qui s’agglomèrent miraculeusement pour former des figures d’une précision inouïe.
L’iconographie de Monné Bou est dominée par la figure de la femme et de l’enfant universels, qu’il représente dans des postures de tendresse, d’ascension et de résilience, loin de la figure tutélaire du père. L’artiste expliquait lui-même que sa technique s’inspirait des rituels traditionnels de purification, où les prêtresses aspergent du kaolin pour chasser les mauvais esprits. Fort de 50 ans de carrière, célébrée par des rétrospectives majeures à Abidjan, Monné Bou a vu ses œuvres intégrer de vastes collections présidentielles et internationales (le président ivoirien Henri Konan Bédié offrit l’une de ses toiles au président français Jacques Chirac en 1994), affirmant ainsi sa position d’artiste historique majeur.



