Amédée Pierre

Né le 30 mars 1937 à Pataïdé (Tabou), en pays Krou, au sud-ouest de la Côte d’Ivoire, Nahounou Digbeu Amédée, connu sous le nom d’Amédée Pierre, est l’une des figures fondatrices de la musique ivoirienne moderne. Fils de Vassa Nahounou, fonctionnaire des Douanes, il reçoit le prénom Pierre lors de son baptême catholique. Il s’éteint le 30 octobre 2011 à Treichville, laissant derrière lui un héritage artistique majeur.
Formation et jeunesse
Amédée Pierre effectue ses études primaires à Tabou (1945-1947), puis à Adiaké (1947-1949) avant de séjourner à Daloa, sa terre d’origine familiale. En 1950, son père, affecté à Abidjan, le rappelle dans la capitale afin de superviser sa scolarité. La même année, il perd sa mère.
Inscrit à l’École Catholique Saint-Jean Bosco de Treichville, il obtient son Certificat d’Études Primaires puis poursuit au Collège Classique d’Abidjan (aujourd’hui Collège d’Orientation du Plateau) jusqu’en classe de troisième.
Parallèlement à ses études, il découvre la musique à l’École de Musique de la Régie Abidjan-Niger (RAN), où il suit des cours de solfège auprès de MM. Chic et Pierre Sarborg. Avec son camarade Christophe Digbeu, il fonde le duo Patrice et Mario africains, inspiré de chanteurs français populaires de l’époque.
Des soins infirmiers à la guitare
En 1957, après le départ de son compagnon en France, Amédée Pierre rejoint Daloa où il travaille comme infirmier bénévole au Service des Grandes Endémies (1957-1959). C’est durant cette période qu’il apprend la guitare en accompagnant son cousin Robert Biali Guéi, interprète de chants folkloriques bété.
Muté à Dimbokro en 1959, il abandonne rapidement le métier d’infirmier et décide de se consacrer entièrement à la musique. Guitare à la main, il retourne à Abidjan pour tenter sa chance.
La naissance d’un pionnier
À Abidjan, avec l’aide de son cousin Norbert Gbétibo, il fonde l’Ensemble Amédée Pierre. Sa première prestation au Centre Culturel de Treichville rencontre un succès retentissant. Pendant une décennie, il sillonne la Côte d’Ivoire à la tête de son groupe.
À une époque où les musiques congolaise, cubaine, nigériane et ghanéenne dominent la scène locale, Amédée Pierre choisit un positionnement audacieux : chanter en langue bété, sa langue maternelle. Ce choix lui vaudra le surnom de « Doyen de la musique ivoirienne » et d’ambassadeur de la langue bété.
Son premier grand succès, Moussio Moussio, lui vaut le surnom de « Dopé National » (dopé signifiant rossignol en bété).
Parmi ses œuvres majeures figurent également :
- Lorougnon Rabet (chant poignant sur la mort)
- Sokokpeu
- Zodo Gbabanao
- Remets mon cœur à l’endroit
Une carrière internationale
En 1970, il est invité à Monrovia pour les festivités d’anniversaire du président William Tubman.
En 1971, il se produit à Paris à l’Olympia Taverne à l’invitation des étudiants ivoiriens, puis entreprend une tournée en France (Longjumeau, Périgueux, Romans, Aix-en-Provence, Marseille, Lille) et en Belgique (Bruxelles).
Il chante en français, lingala, anglais, mais compose également en kroumen, bété, méo et gouro. Ses textes abordent l’amour, l’injustice sociale, la mort et les réalités quotidiennes, avec une simplicité et une profondeur poétique qui lui valent parfois d’être surnommé le « Brassens ivoirien ».
Engagement pour les droits d’auteur
Amédée Pierre joue un rôle déterminant dans la structuration du secteur musical ivoirien. Face au non-versement des droits d’auteur, il mène un combat qui contribuera à la création du Bureau Ivoirien du Droit d’Auteur (BURIDA).
Il reçoit le soutien du président Félix Houphouët-Boigny, puis plus tard de Laurent Gbagbo, sous lequel il est décoré en 2000. Un hommage national lui est rendu en juillet 2007 pour l’ensemble de son œuvre.
Discographie sélective
- Moussio Moussio
- Zodo Gbabanao (1962)
- Remets mon cœur à l’endroit
- Sokokpeu
- Lorougnon Rabet
Héritage
Amédée Pierre demeure une figure fondatrice de la musique ivoirienne moderne. Il a ouvert la voie à l’expression artistique en langues nationales, valorisé le patrimoine bété et contribué à la reconnaissance institutionnelle des droits des artistes.
Son œuvre continue d’incarner une musique enracinée, authentique et engagée — une voix majeure de la culture ivoirienne.



